« Graille », « Néné », « Pimpin » et autres surnoms… princiers !

   A partir du XVIIIème siècle, la mode est aux surnoms dans les Cours princières européennes. En veut-on un exemple ? Au sein de la petite société d’intimes que la Reine Marie Leszczynska aime à recevoir dans ses appartements, on use de pseudonymes : « le Fauteuil », « Petit Train », « Cadet », « Papète », « La Poule »…

   La progéniture royale n’échappe pas à cet engouement pour les petits noms affectueux… et parfois ridicules !

 

Mesdames de France

Adélaïde "faisant des noeuds", peinte par Nattier en 1756 (détail) - château de Versailles
Adélaïde « faisant des noeuds », peinte par Nattier en 1756 (détail) – château de Versailles

   Madame Elisabeth, première née des enfants de France, est surnommée « Babette » par Louis XV dès sa naissance en 1727. Babette et sa jumelle Henriette sont ses deux filles préférées.

   Ce n’est que peu après la mort de son épouse Marie Leszczynska, en 1768, que le souverain affuble ses autres filles de surnoms affectueux. C’est une période où le monarque essaie de renouer avec les princesses, qui digèrent mal les infidélités de leur père.

   Mesdames avaient d’ailleurs inventé un joli sobriquet pour désigner la favorite en titre, Mme de Pompadour : « maman putain » !

  • Adélaïde, née en 1732 : la plus autoritaire (tyrannique même) de la famille devient « Loque », à cause de son peu de féminité et du peu de soin qu’elle apporte à sa toilette. Elle est aussi appelée « Torche » en raison de son caractère un peu brouillon.
  • Victoire, née en 1733 : celle qui ressemble le plus à son père est nommée « Coche »… parce qu’elle montre un embonpoint précoce !
  • Sophie, née en 1734, est baptisée « Graille ». Très élégant. Il s’agit en fait du nom familier de la corneille en ancien français. Cet oiseau est réputé pour être un animal très craintif, difficile à approcher, tout comme la jeune princesse, particulièrement timide.
  • Louise, née en 1737 : la huitième et dernière fille de Louis XV, future Carmélite, reçoit le surnom de « Chiffe »… La raison demeure un mystère !

 

La descendance de la Reine Victoria

   Victoria, pourtant peu portée sur les joies de la maternité, donne à son époux le prince Albert une ribambelle de princes et princesses.

   Sur les neuf enfants du couple, tous ont droit à un petit surnom dans la correspondance privée de la famille, excepté le prince Arthur. Les petit-enfants aussi, évidemment ! 

  • Victoria, née en 1840 : la fille aînée de la Reine est surnommée « Pussy » par ses parents, avant d’être baptisée « Vicky ». Lorsqu’elle épouse Frédéric de Prusse, futur Empereur Frédéric III, ce dernier est aussitôt surnommé « Fritz ». Parmi leurs nombreux enfants, certains ont droit à leurs petits noms : l’héritier Wilhelm (en français, Guillaume) est « Willy », Sigismond « Sigi ».
  • Edouard, prince et Galles et futur Edouard VII, né en 1841 : le prince héritier d’Angleterre sera toujours « Bertie » pour ses proches. Son épouse, la princesse Alexandra de Danemark, est « Alix ». Le premier garçon du couple, Albert-Victor, est surnommé « Eddy », tandis que son frère cadet George, futur George V, sera « Georgie ».
  • Alice, née en 1843 : à la seconde fille de Victoria échoie le surnom étrange de « Fatima » à cause, dit-on, de ses rondeurs ! Sa fille Alix, future Tsarine Alexandra Feodorovna de Russie, est « Alicky », Elisabeth se transforme en « Ella », son fils et héritier Ernest devient « Ernie », et son autre fils Frederic est surnommé « Frittie ».
La princesse Helene - Collections de la Reine Elisabeth II
La princesse Helene – Collections de la Reine Elisabeth II
  • Alfred, né en 1844 : duc d’Edimbourg et officier de la Royal Navy, puis duc de Saxe-Cobourg-Gotta, il est surnommé « Affie » dès ses plus jeunes années. Sa fille Victoria-Melita sera « Ducky », et sa dernière fille Béatrice, « Baby B ».
  • Helene, née en 1846 : la princesse, soeur préférée d’Alfred, devient « Lenchen », un petit nom affectueux dérivé de l’allemand Helenchen, pour la future duchesse de Holstein.
  • Louise, née en 1848 : à sa naissance, la plus jolie des filles de Victoria, celle qui deviendra duchesse d’Argyll, est surnommée « la nouvelle » par ses frères et soeurs. Dans la correspondance privée, elle apparaît sous les pseudonymes « Loo », « Loosy » ou « Looloo ». Elle sera l’unique enfant de Victoria et Albert à n’avoir aucune descendance.
  • Léopold, né en 1853 : très proche de sa soeur Louise, ce prince esthète et cultivé sera toute sa vie surnommé « Léo ».
  • Béatrice, née en 1857 : dernier enfant du couple, la princesse sera longtemps surnommée « Bébé » ou « sweet baby » par sa mère. Un jeu de mot tout à fait révélateur puisque Victoria souhaite la garder auprès d’elle le plus longtemps possible… comme bâton de vieillesse. Mais Béatrice finira par épouser le prince Henri de Battenberg, gendre très apprécie et surnommé « Liko ». Leur fils aîné Alexandre sera « Drino » et leur fille Victoire-Eugénie, future Reine d’Espagne, sera connu sous le nom d’ « Ena ».

   Les naissances se succèdent à un rythme effréné dans la famille de la Reine Victoria, si bien que la Reine d’Angleterre se trouve nantie d’une ribambelle de petits-enfants, mais aussi d’arrières-petits-enfants, qui la surnomment « gangan » !

Chez le duc en Bavière

Sophie-Charlotte, soeur de Sissi
Sophie-Charlotte, soeur de Sissi

   Si leur ménage n’est guère heureux, le duc Maximilien en Bavière, surnommé « Max », et son épouse Ludovica, donnent naissance à une nombreuse progéniture, qui n’échappe pas à la tradition du surnom :

  • Helene, leur fille aînée née en 1834… est « Néné »
  • Elisabeth, future Impératrice d’Autriche, est la célèbre « Sissi »
  • Charles-Théodore, né en 1839, est surnommé « Gackerl » (petit coq).
  • Marie, née en 1841, est parfois appelée « Madi »
  • Mathilde, née en 1843, est baptisée « Spartz » (moineau)
  • Les deux petits derniers, Sophie-Charlotte née en 1847, et Max-Emmanuel né en 1849, sont respectivement « Sopherl » et « Mapperl ». Sophie sera aussi nommée « Elsa », héroïne wagnérienne, par son fiancé Louis II de Bavière…

   Même la résidence privilégiée de la famille, le château de Possenhofen, a droit à son surnom : Possi ! Louis-Guillaume, né en 1831, est bien le seul à qui l’on ne connaît pas de diminutif. Faut-il y voir une marque de respect envers le futur chef de famille ?

La tribu de Louis-Philippe et Marie-Amélie

   Le Roi de France Louis-Philippe Ier, son épouse Marie-Amélie et leurs dix enfants, battent tous les records de surnoms chez les têtes couronnées ! Dans l’abondante correspondance qui lie les membres de la famille, surtout la mère et ses enfants, on retrouve quantité de petits noms familiers, dont ils usent… et abusent.

  • Louis-Philippe est toujours « le Père ». Son épouse, la Reine Marie-Amélie est souvent nommée « la Reine », ou « Chérissime Majesté ».
  • Ferdinand, duc de Chartes, né en 1810 est « le Beau ». Héritier et espoir de la dynastie, pour sa mère il reste « Mon doyen chéri ».
  • La belle et douce Louise, née en 1812, est « Love » ou « Babonne ». Après son mariage avec Léopold Ier, Roi des Belges, son époux devient « le Léopich ».
  • Marie, née en 1813… reste Marie. Son fils Philippe en revanche, qu’elle laisse orphelin de mère à l’âge de deux ans à peine, est surnommé « Pippon » par la famille qui veille sur lui.
  • Louis, duc de Nemours, né en 1814, est surnommé « Tan » par ses frères et sœurs, et « Mon bon Moumours », ou « Chérissime blondin » par sa mère…!
  • Clémentine, Mademoiselle de Beaujolais puis duchesse de Cobourg, née en 1817 : dans sa jeunesse, elle est « Titine » ou « Tinotte », puis… « la Loupe ». Enfin, on abrège simplement son prénom en « Clem ». Deux de ses cinq enfants sont aussi gratifiés de surnoms : Auguste est « Gusty », et Clothilde est « Clot ».
Le duc de Nemours par Winterhalter (détail) en 1843 - Versailles
Le duc de Nemours par Winterhalter (détail) en 1843 – Versailles
  • François, prince de Joinville, né en 1818 : il est « Hadji » depuis son retour d’une croisière en 1836, au cours de laquelle on lui a ouvert les portes de la mosquée d’Omar à Jérusalem. Après son mariage, il devient « Chico », à l’image de sa femme qui est surnommée « Chica » (la petite), en raison de son âge : c’est une jeune fille de quinze ans. Françoise, prénom de leur petite fille, se transformera alors naturellement en « Chiquita » ou… « la chiquette ». En parlant du couple et de son enfant, Louis-Philippe emploie parfois « Mes chiques » ou « Mes bons Joinves »… Quelle élégance !
  • Charles, duc de Penthièvre, né en 1820, est « Pinpin ».
  • Henri, duc d’Aumale, né en 1822 et bientôt propriétaire de Chantilly, est « Mimi » ! Son épouse, la princesse Marie-Auguste-Caroline de Salerne, est surnommée « Lina ». Le fils aîné du couple, Louis, prince de Condé, est « Guégué » pour les intimes. Quant au second, François, duc de Guise, il gratifie son père d’un petit nom affectueux : « Pips ».
  • Enfin Antoine, duc de Montpensier, né en 1824, est « Totone », et plus tard « le Piat ».

   Des surnoms parfois saugrenus, mais finalement attendrissants : ils témoignent d’une affection extrême, et de la bonne entente qui règne entre les membres de la famille Orléans.

   Voilà qui humanise grandement toutes ces têtes couronnées, non ?

 

Sources

♦ Louis-Philippe et sa famille, de Anne Martin-Fugier

♦ Mesdames de France : Les filles de Louis XV, de Bruno Cortequisse

Les Reines de France au temps des Bourbons : La Reine et la favorite, de Simone Bertière

♦ La Médicis des Cobourg : Clémentine d’Orléans, de Olivier Defrance

♦ Sissi ou la fatalité, de Jean des Cars

♦ La dernière reine, de Béatrix de l’Aulnoit

 

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2 Réponses

  1. Merci Marie, c’est une bien reportage, avez vous aussi une surnom?

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