Les mystères d’Osiris : secrets enfin dévoilés

Fouilles sous-marines sur le site d'Héracléion (détail d'une photo de Christoph Gerigk)
Fouilles sous-marines sur le site d’Héracléion (détail d’une photo de Christoph Gerigk)

 

   Le culte d’Osiris est célébré à partir du Moyen Empire, et ce jusqu’à la dynastie des Ptolémée, celle de la célèbre Cléopatre. Les « mystères » étaient, pour les égyptiens, des cérémonies commémorant annuellement la légende d’Osiris.

   Ces cérémonies, d’abord célébrées à Abydos, puis dans tous les grands temples d’Egypte, ont pu être étudiées dans deux cités situées dans la baie d’Aboukir : Canope et Héracléion, englouties par les eaux à la suite d’une série de catastrophes naturelles au VIIIème siècle.

   En 1997, Canope est redécouverte par l’Institut européen d’archéologie sous-marine, dirigé par Franck Goddio. Héracléion, d’une grande richesse archéologique, est à son tour révélée en 2000.

Il est aujourd’hui possible de retracer, malgré quelques zones d’ombre qui subsistent, le déroulement de ces cérémonies secrètes.

   L’exposition Osiris, Mystères engloutis d’Egypte, du 8 septembre 2015 au 31 janvier 2016 à l’Institut du monde arabe à Paris, propose de dévoiler enfin le résultat de 20 ans de fouilles. Une exposition à ne pas manquer !

La légende d’Osiris

   D’ascendance divine, fils du Ciel (la déesse Nout) et de la Terre (le dieu Geb), Osiris règne sur le monde en bienfaiteur, adoré par les égyptiens. Il est secondé avec amour par sa sœur Isis, qui est aussi son épouse. Son autre sœur Nephtys est l’épouse de son frère Seth… On se marie en famille chez les dieux égyptiens, comme chez les pharaons !

   Mais Osiris doit être victime de son succès. Son frère Seth, jaloux de sa gloire, ourdi un complot pour le détrôner et prendre sa place.

Lors d’un banquet divin, il présenta un cercueil de sa confection et promit de l’offrir à la divinité la plus à l’aise à l’intérieur. Alors qu’Osiris l’essayait, Seth l’y enferma et le jeta au fleuve…

   Une fois le noyé repêché, Seth le découpe en quatorze morceaux, qu’il disperse dans toute l’Egypte. Il croit être débarrassé pour toujours de ce frère qu’il jalousait.

   C’est tenir pour négligeable l’amour absolu qu’Isis voue à son frère-époux. Elle est indissociable de la légende d’Osiris. Folle de douleur, aidée de sa sœur Nephtys, Isis rassemble les morceaux de son bien aimé.

 

Isis, soeur et épouse d'Osiris
Isis, soeur et épouse d’Osiris

   Secondées par le sage Anubis, dieu à tête de chacal, Isis et Nephtys lavent le corps de leur frère, accomplissent tous les rites funéraires puis l’enroulent de bandelettes. En plus d’être le premier « pharaon » d’Egypte, Osiris serait donc aussi la première momie de l’histoire !

   Se transformant en faucon femelle grâce à ses pouvoirs magiques, Isis parvient à réanimer son frère par le battement de ses ailes qui insufflent la vie. C’est alors qu’elle se pose sur « le membre viril de son bel Osiris », et est fécondée par lui : Horus, le dieu à tête de faucon, héritier du trône d’Egypte, naît de cet accouplement.

  Osiris est donc revenu à la vie, et s’il ne peut poursuivre sa vie terrestre, il règne à présent sur le royaume des morts, présidant au jugement du coeur des hommes.

Un dieu très populaire

Osiris portant les insignes du pouvoir
Osiris portant les insignes du pouvoir

 

   Osiris est l’un des dieux les plus populaires de panthéon égyptien. Il représente l’archétype même du souverain parfait, du roi bon et vertueux, qui gouverne avec sagesse. Par son destin, il est proche de son peuple : en effet, d’ascendance divine, il a pourtant connu la mort.

Tous les mortels espéraient se régénérer et s’éveiller à une vie nouvelle dans l’autre monde.

   Il symbolise donc cette résurrection à laquelle les égyptiens se préparent en faisant momifier leur corps comme Isis l’a fait avec Osiris. La résurrection d’Osiris symbolise aussi la fertilité : il est celui qui apporte la vie.

La légende osirienne reproduit la cycle de l’agriculture, qui s’achève avec la moisson et renaît avec la germination.

   La représentation du dieu, souvent sous forme humaine, regroupe ces 3 caractéristiques importantes d’Osiris :

  • Maître de l’Au-delà : emmailloté dans des bandelettes, momifié, les bras croisés sur la poitrine.
  • Souverain d’Egypte portant les insignes du pouvoir : la couronne atef de la haute Egypte, mitre entourée de deux plumes d’autruche, le sceptre dans une main, le flagellum dans l’autre.
  • Symbole de stabilité et de résurrection : Osiris est souvent représenté droit comme un pilier, la peau verte comme celle du limon qui génère la vie en Egypte, inondé chaque année par les crues du Nil. On le voit parfois arborant le disque solaire, qui repose sur deux cornes de bélier, symbole de fécondité.

   Osiris a donc un rôle central dans la vie des égyptiens, qui lui vouent un culte sacré. Cette dévotion incroyable, les égyptiens la manifestent par un rituel divin extrêmement sophistiqué.

Les mystères : célébration de la Renaissance d’Osiris

   La célébration des mystères d’Osiris a lieu au mois de Khoiak : sur le calendrier égyptien, il s’agit du quatrième mois de l’année, celui de la fin de l’inondation, « lorsque la décrue du Nil précède la germination des semences » (nos mois d’octobre et de novembre actuels).

   Dans le plus grand secret des temples, des prêtes qui agissent au nom de pharaon modèlent deux effigies du dieu :

  Osiris végétant (khentyamentyou)

   Cette première statuette est faite de blé, « d’orge et de limon noir charrié par la crue du Nil ». Pour la réaliser, les prêtres utilisent deux demi-moules qu’ils placent dans une « cuve-jardin » le 12 du mois de Khoiak.

   Avec des situles en or, petits récipients en forme de cloche et munis d’une anse, qui servaient à transporter l’eau sacrée du Nil, les prêtres arrosent jusqu’au 21 les deux morceaux de la future petite statuette. Scandant des paroles sacrées, dont Les Chants d’Isis et de Nephthys, et réalisant des gestes précis, ils attendent sa germination.

Situle utilisée par les prêtres
Situle utilisée par les prêtres

   Les deux parties sont ensuite démoulées, séchées au soleil puis réunies grâce à des bandelettes de lin. Osiris végétant, qui symbolise la renaissance du dieu, est ensuite placé dans un tombeau provisoire.

L’équilibre du monde était ainsi maintenu grâce au processus de création sans cesse régénéré.

   Le 22, une procession nautique a lieu autour du temple d’Amon Gereb à Héracléion. Une flottille de 34 barques illuminées de 365 lampes représentant les jours de l’année : sur une barque est placée l’effigie d’Osiris végétant, sur les 33 autres barques en papyrus sont placées des divinités protectrices.

Statuette d'Osiris végétant, dans un sarcophage en bois de sycomore
Statuette d’Osiris végétant, dans un sarcophage en bois de sycomore

Osiris Sokaris

   Cette deuxième effigie d’Osiris est réalisée le 14 du mois de Khoiak, toujours par les prêtres, dans le plus grand secret. A de la terre détrempée par l’eau du Nil et du sable, on ajoutait une douzaine d’aromates (datte, myrrhe, roseau aromatique, pin d’Alep, jonc d’Ethiopie, menthe, genévrier…) et 24 minéraux précieux broyés (or, argent, cornaline, lapis-lazuli, turquoise, jaspe, galène, ambre, hématite, améthyste…).

   Le mélange est réparti dans 14 vases (les 14 morceaux d’Osiris démembré par Seth). La pâte est ensuite mélangée grâce à des louches rituelles ou Grandes Réunisseuses, retrouvées en très grand nombre sur le site d’Héracléion, puis malaxé et pétri. Elle est déposée sur les genoux d’une statue de Nout, mère d’Osiris, durant sept jours, un jour valant un mois : Osiris aurait été engendré en sept mois.

Le réveil d'Osiris (statue en bronze, or, gneiss et électrum)
Le réveil d’Osiris (statue en bronze, or, gneiss et électrum)

   Comme pour Osiris végétant, on verse alors le mélange dans deux demi-moules (cette-fois ci en or), on le fait sécher au soleil puis on l’enveloppe de bandelettes. La petite statuette est ensuite « déposée sur des branchages de sycomores ». Personne ne peut expliquer aujourd’hui pourquoi les égyptiens réalisaient deux effigies d’Osiris et non une seule !

   Quoi qu’il en soit, le 29 du mois de Choiak, a lieu une seconde procession nautique, au coucher du soleil. Depuis Héracléion, les deux statuettes d’Osiris de l’année précédente sont transportées jusqu’à leur sanctuaire à Canope.

La navigation symbolisait le passage dans le monde des vivants à l’au-delà.

   Un bateau retrouvé par l’équipe de Franck Goddio à Héracléion, long de 11 mètres, est probablement l’une des barques processionnelles ayant servi à transporter les effigies du dieu.

   Le long du grand canal, « voie sacrée des cérémonies osiriennes », s’agglutinent orateurs et pèlerins, qui chantent ou réalisent des offrandes. Cette foule de fidèles peut enfin saluer le passage du dieu, acclamer Osiris allant régner sur le royaume des morts.

Les fêtes annuelles garantissent aussi symboliquement que l’ordre cosmique sera conservé, et la prospérité du pays maintenue, avec le retour des bienfaitrices crues du Nil.

 

Sources

♦ Ca m’intéresse (hors série), l’Égypte et ses mystères

♦ L’Egypte. Les hommes, les dieux, les pharaons, de Rose-Marie et Rainer Hagen

♦ Historia n°825 : Les mystères d’Osiris révélés

♦ Connaissance des arts (hors série) : Osiris, Mystères engloutis d’Egypte

♦ Exposition : Osiris, Mystères engloutis d’Egypte (Institut du monde arabe, Paris)

 

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