Louis XIII musicien : le roi joue, compose, chante et danse

    A l’image de son père Henri IV, Louis XIII se considère davantage « comme un Roi de guerre que comme un Roi de parade ». Il n’aime ni la Cour, ni le paraître. C’est un homme de plein air, militaire accompli qui raffole des promenades et de la chasse. Il n’a ni le goût ni le talent nécessaire pour tenir une Cour et n’en voit pas l’intérêt.

   Ce sera, d’ailleurs, la grande erreur de son règne, que de ne pas comprendre cette nécessité d’éblouir les Grands pour les fixer autour de sa personne, « d’organiser leur rivalité dans la quête des faveurs ».

   Cependant, grand timide, Louis XIII est aussi, à ses heures, un roi de cabinet, trouvant dans certaines activités artistiques un délassement qui apaise sa nature ombrageuse.

   Très jeune, Louis XIII apprend à manier le crayon, et avec talent (sujet d’un prochain article). Mais c’est surtout la musique qui le passionne. Elle va l’accompagner toute sa vie, loisir nécessaire à son équilibre, qui s’accorde avec sa nature sensible et rêveuse. C’est sa mère qui lui la lui fait découvrir.

 

Une passion transmise par Marie de Médicis

Marie de Médicis par l'atelier de Pourbus
Marie de Médicis par l’atelier de Pourbus

   Assurément, Henri IV n’est ni mécène prodigue, ni grand amoureux des arts. Ayant passé une large part de sa vie en guerrier, à courir les campagne et à dormir sur la paille, il en a conservé la rudesse des mœurs. Roi certes bâtisseur, il n’est ni artiste, ni musicien. C’est Marie de Médicis qui se charge de faire découvrir les arts à ses enfants.

   Au début de l’année 1600, après son arrivée à Paris et son mariage avec Henri IV, la Florentine s’attriste de ne pouvoir retenir quelques jours dans la capitale la cantatrice espagnole Isabel de la Camere. Dans ses appartements, la Reine aime écouter de la musique, et entretient son propre petit orchestre de chambre.

   Quelques années plus tard, Cosme II de Médicis, son cousin, connaissant son intérêt pour la musique, lui fait cadeau d’un orgue : musique qui n’en est encore qu’à ses balbutiements. C’est elle qui, pour la première fois, fait entendre de l’Opéra aux français, en invitant à Paris, en 1604, Giulio Caccini. Mais la musique italienne est encore peu aimée en France, et ce n’est que sous la Régence d’Anne d’Autriche, avec la complicité de Mazarin, que l’Opéra percera réellement.

   Les « grands moments musicaux » de l’enfance de Louis XIII sont très souvent liés à des visites rendues à sa mère, et non à son père.

   A défaut de l’entourer d’un amour maternel profond, elle lui transmet une passion qui se retrouvera chez Louis XIV et son frère, puis chez le Régent, Philippe d’Orléans.

   A partir de 1612, Marie de Médicis pensionne le plus célèbre joueur de luth du temps, Robert Ballard, pour qu’il enseigne son art au jeune Louis XIII. Un peu sauvage, le Roi, qui a hérité de la simplicité de son père Henri IV, se montre extrêmement réceptif à la musique, dans laquelle il baigne grâce à sa mère.

L’ambiance musicale qu’elle a créée contribue à renforcer chez la dauphin sa passion précoce pour la musique : c’est le roi le plus musicien que la France ait eu.

 

Un intérêt précoce

   A trois ans déjà, durant l’automne 1604 passé à Fontainebleau, le jeune Louis réclame sans cesse d’entendre chanter les pages de sa mère. Le 18 décembre de cette même année, il danse dans sa chaise en mangeant, ayant entendu le violon de Marie de Médicis, Monsieur Jean-Jacques, jouer une sarabande.

   Souvent, il surgit dans la chambre de Marie de Médicis, une épinette à la main (instrument de la famille des clavecins), pour lui montrer ses progrès. Il raffole de l’épinette lorsqu’elle est accompagnée du luth, et demande à La Chapelle et Bailly de lui en jouer avant son coucher.

   Gamin, il aime battre du tambour ou du tambourin pour se faire annoncer dans les appartements de ses parents, au grand amusement d’Henri IV.

  Très tôt, il apprend à jouer l’épinette et le luth, mais aussi le violon et la mandore. Il participe à de petits concerts organisés spécialement pour lui par Florent Indret, violoniste d’Henri IV. Ainsi, le 23 février 1608, il se rend chez sa sœur Madame Élisabeth, et joue du tambourin, accompagné par Hindret au luth et Boileau au violon.

   En 1609, il copie des chansons d’amour, qu’il chante et fait chanter en concert. Car le jeune Roi aime chanter, à tout propos, et il connaît par cœur de nombreux refrains. Il a une belle voix, « merveilleusement forte et sèche », et son bégaiement, qui lui fait tant honte lorsqu’il parle, s’évanouit comme par magie lorsqu’il chante.

Louis XIII par Pourbus le Jeune (détail)
Louis XIII par Pourbus le Jeune (détail)

   Il aime aussi simplement écouter de la musique, petit plaisir qui peut l’occuper des après-midi entiers. La musique seule parvient à tenir immobile ce garçon remuant.

 

La Cour en musique

S’il est un domaine où la cour de Louis XIII, réputée pour son atonie, fut brillante, ce fut celui de la musique, une musique riche et subtile, à la splendeur raffinée plus qu’éblouissante.

   Les airs profanes, galants et léger, sont très en vogue dans la haute société. C’est surtout la musique sacrée qui connaît un remarquable essor : cantiques spirituels, Te Deum, Requiem… Ils exaltant la piété ostentatoire avec une « sublime profondeur ». Un engouement a saisi tout le pays, encouragé par la passion de Louis XIII pour la musique et la danse.

L’amour de la musique n’est pas une passade d’adolescent. Adulte, Louis XIII le cultive toujours.

Un joueur de luth vers 1640
Un joueur de luth vers 1640

  Si Richelieu se charge de stimuler la création théâtrale, de patronner des auteurs, de parrainer des œuvres, il ne montre aucun intérêt pour la musique qui, au contraire, exalte Louis XIII.

   Depuis François Ier, il existe à la Cour trois grande institutions destinées à la musique : la Chapelle (organistes et symphoniques pour la musique religieuse), la Chambre (domaine des solistes pour les divertissements), et l’Écurie (rassemblant des trompettes, timbales, tambours et hautbois pour les fêtes et parades).

  Louis XIII créé une quatrième institution, les Vingt-Quatre violons du Roi : il est vite envié de toutes les autres cours européennes. Le monarque veille en personne au recrutement des instrumentistes et des chantres et s’entoure des meilleurs compositeurs du royaume.

   Le Roi compose, souvent la nuit, puis fait interpréter ses airs de cour en petit comité par les musiciens de La Chambre dirigés par Pierre de Nyert. La Grande Mademoiselle raconte :

L’on avait régulièrement, trois fois par semaine, le divertissement de la Musique, que celle de la Chambre du Roy venait donner, et la plupart des airs qu’on y chantait étaient de sa composition.

   Amaryllis, une belle chanson à quatre voix de la composition de Louis XIII, vise probablement Marie de Hautefort, la jeune et hautaine demoiselle de sa femme Anne d’Autriche, qui devient égérie de ce Roi timide à partir de 1630 :

Tu crois, ô beau soleil,

Qu’à ton éclat rien n’est pareil,

En cet aimable temps que tu fais le printemps,

Mais quoi ! Tu pâlis auprès d’Amaryllis.

Mais le printemps pâlit

Auprès d’Amaryllis !

Mais que sont les lys

Auprès d’Amaryllis ?

 

 

Le Roi danseur et metteur en scène

   Dans le même temps, sous les règnes d’Henri IV et de Louis XIII, la Cour se prend de passion pour les ballets, et les danses en vogue : pavanes, branles, gaillardes, sarabandes, caroles puis gigues.

   Petit garçon agité, courant et sautant partout, le jeune Louis se dépense en dansant : la bourrée, la sarabande, la bergamasque… Il les connaît toutes. Si son goût pour la musique est plus intense encore, il s’intéresse aux ballets, le seul divertissement de cour qui retienne son attention.

   Avec plaisir, Louis se travesti, couvert de pierreries, satins et de plumes, pour danser dans les ballets dont sa mère raffole. Le 11 février 1608, il apparaît dans le Ballet des Falots devant un parterre d’admirateurs, déguisé en fille : il n’a que sept ans. Fort ému, Henri IV, en père attendri, verse même quelques larmes.

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p style= »text-align: justify; »>   Devenu Roi, Louis XIII continue à monter sur scène mais, en grand timide, joue souvent des rôles secondaires ou effacés, sauf en 1619, dans le Ballet des aventures de Tancrède en la forêt enchantée, lorsqu’il tient le rôle du chef des chevaliers.

   En 1624, dans le Ballet des voleurs, il est simple capitaine. En 1625, dans le Ballet des fées des forêts de Saint-Germain, il tient les rôles d’un danseur espagnol puis d’un simple combattant. En 1626, pour le Grand Bal de la Douairière de Billebahaut, il se travesti en gentilhomme persan : il danse mais joue aussi de la guitare.

   En février 1635, Louis assiste au Ballet des Triomphe, « éclairé par huit cents flambeaux de cire blanche et autant de chandeliers d’argent enrichis de cristal », une œuvre à trente-quatre entrées ! Le Roi n’y danse pas : il a composé le texte et dessiné les costumes.

   Le jeudi 15 mars 1635 est donné le Ballet de la Merlaison au château de Chantilly. C’est encore le Roi qui a inventé les pas de danse, la musique et les habits. Il paraît en fermier puis en femme d’un marchand de leurre et de sonnets.

Il surveille de près, quand il ne l’impose pas lui-même, le recrutement des musiciens, poètes, costumiers, machinistes. Il choisit les danseurs, dont la troupe est alors à ses ordre, arrêt le plan d’ensemble des figures dansées et dirige lui-même les répétitions.

Entrée des "Esperlucattes" dans le Ballet du Grand Bal de la Douairière de Billebahaut, 1626
Entrée des « Esperlucattes » dans le Ballet du Grand Bal de la Douairière de Billebahaut, 1626

   Louis XIII lèguera ce goût de la danse et cet intérêt pour les ballets à son fils Louis XIV, que le Roi-Soleil, avec son sens de la majesté, rendra légendaires.

   Louis XIII délaisse la danse dans les dernières années de sa vie. La musique, elle, l’accompagne jusqu’à la fin : Le 24 avril 1643, rongé par la maladie, il trouve encore la force de dîner en public et d’improviser « un petit concert d’airs religieux », accompagné des valets musiciens de la garde-robe. Sa mort survient le 14 mai suivant…

 

Sources

♦ Marie de Médicis, de Jean-François Dubost

♦ Louis XIII, de Jean-Christian Petitfils

♦ Louis XIII, Roi cornélien, de Pierre Chevalier

♦ Le goût des rois, de Jean-François Solnon

 

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