Crimes et maladies,  Les allées du pouvoir,  Second Empire

1853 : tentative d’assassinat sur l’empereur François-Joseph

 

   La Révolution à caractère libéral qui éclate en 1848 signe, en France, le fin de la Monarchie : Louis-Philippe, roi des Français, est contraint d’abdiquer. En Autriche cependant, les Habsbourg parviennent à conserver leur trône, sur lequel s’assoit François-Joseph Ier, futur époux de Sissi. Pour sa mère, l’archiduchesse Sophie, cet avènement est l’aboutissement d’un programme politique complexe. Mais son fils n’est pas à l’abri des frustrations nationalistes. Les Hongrois, dont le pays a été rattaché à l’Autriche, sont particulièrement virulents envers la dynastie…

 

L’attentat de Libenyi

   Le 13 février 1853, vers midi et demi, François-Joseph sort à pied pour sa promenade habituelle sur les remparts de Vienne. Il est accompagné de son aide de camp, le comte O-Donnell. Le temps est superbe. L’empereur s’appuie contre le parapet, imité par son compagnon. Il tourne le dos à la promenade et se penche pour regarder des soldats manœuvrer dans les fossés de la ville, au pied des remparts. Soudain, une femme pousse un cri strident : avec angoisse, elle vient d’apercevoir un homme s’avancer, un couteau à la main. Surpris par ce cri, François-Joseph se retourne. Ce mouvement le sauve : au lieu de s’enfoncer dans son dos, le poignard glisse sur sa nuque, « amorti par le col du manteau et la lanière du képi ». L’empereur, qui croit ses assaillants nombreux, dégaine son sabre.

   Alors que l’agresseur s’apprête à frapper une seconde fois, O’Donnell se jette sur lui et le maîtrise rapidement, aidé par les passants qui accourent. Sans surprise, l’auteur de la tentative d’assassinat, jeune homme d’une vingtaine d’années, est un Hongrois : Janos Libenyi. Lors de ses interrogatoires, il explique que, partisan d’une Hongrie libre, il avait formé dès 1850 le dessein bien arrêté d’accomplir son attentat « pour montrer ce qu’un Hongrois est capable de faire pour sa patrie opprimée ». Il affirme en outre avoir agi de son propre chef, sans aucun complice. Il préparait son coup avec minutie puisque depuis huit jours, il se promenait sur les remparts de Vienne en attendant d’y croiser sa cible…

   La blessure de François-Joseph, spectaculaire, saigne abondamment. Tout en l’épongeant avec un mouchoir, l’empereur regagne à pied le palais de l’archiduc Albert. Un peu chancelant sous le coup de l’émotion, il est soutenu par O’Donnell. Son frère l’archiduc Charles, qui se promenait non loin, est chargé par l’empereur d’aller tranquilliser leur mère, tandis que le blessé regagne la Hofburg en voiture.

Attentat sur l'empereur François-Joseph - J. Reiner - Vienne (O'Donnell est complètement à gauche)
Attentat sur l’empereur François-Joseph – J. Reiner – Vienne (O’Donnell est complètement à gauche)

 

Une blessure superficielle

   Sophie, se basant sur ce qu’on lui raconte, est portée à croire que la vie de son fils est en danger. Lorsqu’elle le retrouve peu après, c’est le soulagement : la blessure est superficielle. Elle raconte :

Le chirurgien Wattmann examina la plaie après avoir coupé les cheveux. Heureusement elle n’est pas dangereuse, large d’un demi-pouce, mais pas profonde, le couteau fort mince au bout s’étant courbé au moment du coup.

   La première pensée de la très pieuse Sophie est pour Dieu. Pour le remercier de la protection qu’il a bien voulu accorder à son fils et à l’Empire, elle fait célébrer le soir même un Te Deum dans la cathédrale Saint-Étienne, en présence d’une foule « attendrie jusqu’aux larmes ». Le Journal des villes et des campagnes relève :

Un cri d’enthousiasme partit de tous les cœurs à la fois quand on vit les augustes parents de l’empereur traverser cette foule immense, qui partageait avec eux la même pensée, le même sentiment, le même amour. L’archiduchesse Sophie agitait son mouchoir, la plupart lui répondaient par leurs larmes. Une musique militaire jouait l’air national, qui n’est qu’une magnifique prière commençant par ces mots, qui allaient si bien à la circonstance : « Que Dieu conserve notre empereur François-Joseph »

   La duchesse de Dino relève de son côté grâce à ses correspondants viennois que « l’émotion, l’indignation, étaient générales dans toutes les classes » de la population.

L'empereur François-Joseph vers 1858 par François Schrotzberg
L’empereur François-Joseph vers 1858 par François Schrotzberg

 

Les suites

   La blessure est certes sans danger, mais l’empereur est ébranlé. L’archiduchesse Sophie s’inquiète : « le choc a été très violent et il faut beaucoup de soin, de repos au cher malade, ses pauvres beaux yeux ont beaucoup souffert de la secousse. » Les yeux de François-Joseph ont en effet du mal à retrouver toutes leurs facultés. Sa vision reste trouble et douloureuse. La duchesse de Dino relate :

La vue était tellement affectée que le pauvre blessé ne pouvait pas supporter la plus petite lueur : il était obligé de rester dans la plus parfaite obscurité, et son ouïe était tellement surexcitée qu’il entendait distinctement tout ce qui se passait à trois chambres de la sienne. On craignait un épanchement du sang du cervelet.

   Sophie, mère attentionnée, veille son fils plusieurs fois par jour durant sa convalescence, allant jusqu’à dormir dans son salon « pour pouvoir intervenir à la moindre alerte ». Elle tient aussi à récompenser dignement O’Donnell, qui a su réagir promptement pour empêcher un drame. C’est à nouveau la duchesse de Dino qui raconte, le 24 mars 1853 :

L’archiduchesse Sophie a fait un touchant cadeau au comte O’Donnell, cet aide de camp qui était près de l’empereur d’Autriche au moment de l’attentat contre sa personne. Elle lui a donné une bague très simple, contenant une grosse turquoise, qui s’ouvre, et sous laquelle se trouve une mèche des cheveux ensanglantés de l’empereur, qui lui ont été coupés après l’attentat. En lui donnant cette bague, l’archiduchesse a dit au comte O’Donnell : « Ce n’est pas un cadeau impérial, c’est le souvenir d’une mère reconnaissante »

   Surtout, Sophie comprend que François-Joseph doit assurer sa descendance le plus rapidement possible. Elle se met alors en quête d’une épouse et, contre toute attente, l’empereur déjoue les manœuvres de sa mère en imposant Élisabeth de Wittelsbach, dite Sissi, le grand amour de sa vie…

 

Sources

♦ Sophie de Habsbourg de Jean-Paul Bled
 Souvenirs et chronique de la duchesse de Dino, nièce aimée de Talleyrand

♦ Presse française de l’époque : Le Constitutionnel, L’Assemblée nationale, le Journal des débats politiques et littéraires, le Journal des villes et des campagnes.

 

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