Benvenuto Cellini, artiste à la Cour de François Ier

Buste de François Ier au château de Blois
Buste de François Ier au château de Blois

 

   Le Florentin Benvenuto Cellini (1500 – 1571) est loin d’être le seul artiste italien à séjourner en France au XVIème siècle. La Renaissance italienne rayonne, de nombreux peintres, sculpteurs et orfèvres arrivent dans le royaume. Et de fameux, tels que le Primatice, Vinci ou Rosso !

Il vont tenter leur chance dans un des pays les plus riches de la chrétienté, chez un monarque qui cherche toujours à augmenter son prestige.

   Mais Cellini est un cas à part. Par son caractère bien trempé, sa rivalité affichée avec la favorite, la duchesse d’Etampes, et sa carrière malheureuse dans le royaume de François Ier, il est l’archétype même de l’artiste mal récompensé pour ses services. Ses mésaventures à la Cour montrent aussi que si le monarque français porte un intérêt constant aux artistes italiens, il n’est pas toujours capable de leur rendre justice. Par inconséquence, par faiblesse, par fierté aussi.

   L’artiste a également laissé des Mémoires « d’un grand intérêt sur la Cour et ses relations avec les puissants », qui sont toutefois à prendre avec des pincettes.

Au bon plaisir d’Anne, duchesse d’Etampes

   Le premier séjour de Benvenuto en France, réalisé en 1537, n’est guère fructueux. C’est peu dire, le Roi ne le remarque même pas ! Qu’à cela ne tienne, en 1540, il entreprend à nouveau le voyage, espérant bien toucher au but. François Ier, cette fois-ci, est séduit par le bassin et l’aiguière ciselés que lui présente l’artiste. Il l’engage sur-le-champ et l’installe à l’hôtel de la tour de Nesle (cliquez pour connaître l’histoire de cette tour, un parfum de scandale et de libertinage…)

   Cellini est maintenant prêt à mettre tout son savoir au service de son mécène. Mais voilà, le travail tarde à venir… En 1542, lassé d’attendre les commandes royales, Cellini, qui n’a pas froid aux yeux, fait lui-même une proposition au souverain. Que pense-t-il d’une fontaine aux proportions gigantesques, avec en son centre une statue le représentant en Mars entouré d’allégories des arts et des sciences ?

   François Ier approuve ce projet ambitieux. Mais sa maîtresse, la puissante Anne de Pisseleu, rebaptisée duchesse d’Etampes par son amant (un titre honorifique et aux sonorités plus féminines…), est furieuse. Cette commande, elle la veut pour son grand favori, l’artiste Primatice, et elle parvient à faire changer d’avis le Roi ! François Ier, qui avait même donné à Benvenuto l’argent nécessaire à cette œuvre, annule tout…

   Cellini comprend que l’influence de cette dame sur le monarque est redoutable. De là date la rivalité profonde entre la duchesse et Benvenuto. Le Florentin, à l’image de la favorite, est arrogant et fier. L’un comme l’autre, ils tiennent bon, et campent sur leurs positions : tandis qu’Anne s’assure que Cellini n’obtienne jamais la préférence, ce dernier met tout en œuvre pour faire reconnaître tant bien que mal son génie créatif.

   Le souverain a chargé Cellini de lui faire « douze statues d’argent » : six dieux et six déesses. L’artiste commence par réaliser Jupiter. Le Roi, qui vient visiter l’artiste dans son atelier, se montre charmé de cette œuvre et l’encourage à poursuivre. Il est accompagné de la duchesse d’Etampes, qui doit bien reconnaître le talent de Benvenuto. D’autant que celui-ci, habile, lui fait offrir un joli vase : ses préventions à l’encontre de l’artiste semblent tomber.

 

Anne de Pisseleu par François Clouet, estompe à la mine de plomb et sanguine – Chantilly, Musée Condé
Anne de Pisseleu par François Clouet, estompe à la mine de plomb et sanguine – Chantilly, Musée Condé

 

 

   Une nouvelle commande est même confiée à l’artiste : un décor pour la Porte dorée, entrée principale du château de Fontainebleau. L’œuvre de Cellini, la Nymphe de Fontainebleau, un relief de bronze semi-circulaire, sera mise en place au dessus du portail du château d’Anet après la mort de François Ier. Depuis la Révolution, elle se trouve au Louvres où elle est aujourd’hui exposée.

 

Un Roi dominé, un artiste désavoué

   L’avenir de Cellini à la Cour de France semble assuré. Mais, emporté par un esprit artistique intarissable, et plutôt mauvais courtisan, il ravive très vite la haine d’Anne de Pisseleu.

   Reprenant son projet avorté de fontaine, il tient à créer pour le Roi sa fameuse statue de Mars ornée des allégories de la Peinture, de la Sculpture, de l’Architecture et de la Musique. Il présente à François Ier l’œuvre encore inachevée en 1545. Le Roi se montre ravi. Cependant, Benvenuto s’est bien gardé de tenir la duchesse d’Etampes informée de tous ces travaux… Celle-ci, outrée, ne ménage plus ses efforts pour ruiner la carrière française du Florentin.

Statue de Cellini, "Piazzale degli Uffizi", Florence
Statue de Cellini, « Piazzale degli Uffizi », Florence

 

   Lorsque le Roi se rend chez la duchesse d’Etampes, s’il a le malheur de lui avouer qu’ensuite, il compte visiter Cellini, elle l’en dissuade par tous les moyens.

Il alla prendre congé de sa madame d’Etampes ; voyant que toute son influence n’avait pu détourner le Roi de son projet, elle se mit avec sa langue de vipère à dire de moi tout le mal qu’on pourrait dire d’un ennemi mortel de la Couronne.

   Entêté, à force de vouloir prouver au Roi qu’il est le meilleur artiste de sa Cour, Cellini finit par irriter François Ier lui-même.

Il est une chose très importante, Benvenuto, que vous autres artistes, devriez avoir présente à l’esprit : (…) votre valeur ne peut se révéler que grâce aux occasions que nous vous offrons. Il vous faudrait être un peu plus dociles, moins orgueilleux et moins obstinés.

Je vous ai donné l’ordre formel, je m’en souviens, de me faire douze statues d’argent ; c’était tout ce que je désirais. Vous avez tenu à me faire une salière, des vases, des bustes, des portes et une foule d’autres ouvrages qui me laissent confondu quand je vois que vous avez outrepassé tous mes désirs pour réaliser les vôtres.

   Là transparaît l’incapacité de François Ier à faire triompher ses goûts. Profondément admiratif de Cellini, mais dominé par la duchesse d’Etampes, il se trouve des raisons (certaines plus convaincantes que d’autres), pour mettre un terme à cette relation souverain/artiste, qui promettait d’être fructueuse.

   Il ose même se plaindre de cette magnifique salière réalisée entre 1540 et 1543 ! Fondue en or massif puis ciselée, composée également d’ébène et d’ivoire, elle est en partie peinte à l’émail. C’est une véritable prouesse technique, qui se trouve aujourd’hui à Vienne, en Autriche.

   Cette brouille avec le souverain est de trop pour le bouillonnant et fier Benvenuto Cellini. Il plie bagage et rentre à Florence, où il met son génie d’artiste au service de Cosme Ier de Médicis. François Ier, peut-être pris de remords, tente de le retenir, mais en vain.

   Un grand de ce monde n’outrage pas impunément Cellini, tout Roi de France soit-il !

 

Sources

♦ Le goût des rois, de Jean-François Solnon

François Ier, de Didier Le Fur

♦ Hors-série Beaux Arts magazine, François Ier, le choc de la Renaissance

♦ N° de la collection Atlas « Rois de France », François Ier : le Roi de la Renaissance

♦ Histoire. Louis XII et François Ier, tome 2, de Pierre-Louis Roederer

 

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