Charles Ier, l’honneur et la fidélité – Michel Duchein

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Détail d'un portrait équestre de Charles Ier par Anthony Van Dyck
Détail d’un portrait équestre de Charles Ier par Anthony Van Dyck
 

 

   Un mythe enveloppe la personne de Charles Ier d’Angleterre, petit-fils de Mary Stuart et Roi martyr, décapité en 1649 par les rebelles fédérés autour du redoutable Cromwell. Une destinée qui, « durant plus de trois siècles et demi, n’a pas cessé de susciter l’émotion, la sympathie et la pitié ».

   Sur fond de guerre civile, le règne de ce monarque bon, soucieux de la gloire de la royauté mais trop éloigné des réalités de son temps et trop distant de son peuple, n’a été qu’un enchainement d’évènements imprévus, de concours de circonstances et de fautes politiques.

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Un prince dominé

   Charles est un enfant extrêmement réservé, timide, secret, dominé par la personnalité de son aîné, le prince Henri. Il n’est pas destiné à régner et ne prétend pas à cette haute fonction : aucune jalousie n’habite cette âme tranquille, au contraire. Il éprouve une profonde admiration pour ce frère beau et éloquent, qui succèdera à son père Jacques Ier et deviendra Roi.

   Le fond du caractère de Charles se forme durant ces années où il se prépare paisiblement à le seconder, tenir son rôle de second personnage le plus important du royaume. J’aurais aimé en savoir davantage sur les relations entre Charles et sa mère, Anne de Danemark, mais le tour d’horizon qui nous est offert sur la jeunesse du prince est suffisant pour une première approche.

   Le grand drame survient à la mort d’Henri : Charles est propulsé héritier du trône et doit en assumer la grande responsabilité. A ses côtés pour le soutenir dans cette tâche, le célèbre Buckingham. Nous suivons l’évolution des relations entre Charles et Buckingham, favori de son père qui devient très vite celui du fils : un ami et un confident indispensable. L’auteur s’arrête sur cette amitié exceptionnelle, qui résiste à tout, contre vents et marrés, défiant parfois tout sens commun. Il tente de l’expliquer, avec succès, soutenant notamment que le favori remplace le frère défunt. Devenu le Roi Charles Ier Stuart en 1625, le monarque autorise de plus en plus son favori à s’immiscer dans les affaires d’Etat, pour le plus grand malheur de la monarchie.

 
Détail du tableau "Charles Ier à la chasse", peint par Van Dyck vers 1635
Détail du tableau « Charles Ier à la chasse », peint par Van Dyck vers 1635
 

Plus Buckingham échoue dans ses projets, plus il est impopulaire, plus le Roi lui manifeste son soutien et son attachement.

Charles, sa femme et ses enfants

   Si sa fin tragique l’a fait entrer dans la légende, le Roi Charles Ier Stuart demeure également célèbre pour ses relations conjugales exemplaires et sa grande complicité avec ses enfants. Il est donc dommage que l’auteur passe très vite sur les dix années de bonheur (ou de répit) de son règne : il s’agissait d’une occasion parfaite pour fournir des détails touchants sur la personnalité de ce monarque, en tant qu’époux et en tant que père, puisque cette biographie se veut une analyse de l’homme. Si l’auteur nous fait bien comprendre que Charles est un mari passionnément amoureux de sa femme, aucune précision n’est donnée sur ses rapports avec ses enfants.

   L’auteur marque clairement son antipathie à l’égard de l’épouse de Charles Ier, la Reine Henriette-Marie de France, remettant en cause jusqu’à la sincérité de ses sentiments à l’égard du monarque. Michel Duchein a pour la fille cadette de Henri IV et de Marie de Médicis des propos très durs :

Henriette-Marie, au fond, était une égoïste brouillonne, et seule sa qualité de veuve du Roi martyr a permis à l’histoire de l’idéaliser après coup.

   L’affirmation selon laquelle Henriette-Marie fut un « mauvais génie » du Roi durant la Révolution, est fortement exagérée. Comme ne pas percevoir, dans les lettres de la souveraine, toute la fermeté qui fait défaut à son époux, et ne pas s’étonner avec elle de ses tergiversations, de ses paroles et de ses promesses biaisées, quand il aurait fallu faire preuve de d’autorité et de constance ?

   La correspondance d’Henriette-Marie, en ces temps troublés, n’est pourtant pas dénuée d’intelligence politique : elle n’est plus la jeune fille maladroite, encore enfant et arque boutée sur ses grands principes, qui débarquait de France presque vingt ans plus tôt. De nombreuses études anglaises sur le personnage le démontrent. En français, je conseille une très belle biographie sur la femme de Charles Ier, écrite par Micheline Dupuy, qui offre une vision bien plus juste de cette fille de France oubliée des Français : Henriette de France, Reine d’Angleterre

Portrait représentant Charles Ier et la Reine Henriette-Marie - Huile sur toile de Van Dyck, 1632
Portrait représentant Charles Ier et la Reine Henriette-Marie – Huile sur toile de Van Dyck, 1632

Une guerre civile, un Roi sacrifié

   Michel Duchein s’attache à restituer, avec justesse, la personnalité de ce Roi très peu charismatique mais viscéralement attaché à son royaume, bourré de contradictions. A la fois d’une profonde indécision en politique, et d’une fidélité à toute épreuve envers ceux qui l’ont servi : constance et profondeur en amitié comme en amour, instabilité et louvoiement dans l’exercice du pouvoir. Surtout, une profonde méconnaissance de ses sujets, et plus particulièrement du peuple écossais, ce qui lui fait commettre de grossières erreurs politiques.

Il lui manquait la vision d’avenir, la clarté de conception, la vigueur d’exécution. Rien en lui d’un Richelieu ou même d’un Olivares. Pourtant, il était cultivé (…), et il avait la plus haute idée de son rôle de Roi. Il put commettre des erreurs, des maladresses, jamais de vilenies ni de cruautés.

   Ce Roi esthète, connaisseur d’art au plus haut degré (une passion que, d’ailleurs, le peuple anglais ne comprend pas) ne prend pas la peine de pénétrer l’état d’esprit des hommes sur lesquels il règne.

Détail d'un portrait équestre de Charles Ier, peint par Van Dick
Détail d’un portrait équestre de Charles Ier, peint par Van Dick
 

   Toujours, il manifeste cette funeste indécision, et une honnêteté qui malheureusement se transforme en faiblesse. Le rapprochement que fait l’auteur avec Louis XVI est, selon moi, tout à fait justifié. Comme plus tard le souverain français, le monarque anglais louvoie, n’ose pas prendre des mesures fermes et suivre sans fléchir le chemin politique qu’il s’est tracé. Toujours, il consent à de nouvelles concessions, avant de se rétracter brusquement devant les Parlementaires, refusant de céder dans un sursaut d’orgueil, puis finalement accepte les conditions imposées… Sa crédibilité en tant que souverain s’en trouve sérieusement diminuée. Le principe même de la monarchie est ébranlé : le Parlement sait pouvoir tout obtenir du Roi avec un peu d’acharnement.

   C’est au plus fort de la guerre civile, à mesure qu’il se rapproche de son peuple, que Charles semble comprendre la gravité de la situation :

Charles a enfin ouvert les yeux sur la profondeur du gouffre où il est tombé. Lui qui, pendant tant d’années, avait tenté de jouer au plus fin avec ses adversaires, il semble cette fois abandonner la partie.

   L’auteur souligne le changement profond qui s’opère au plus profond de son être, certain qu’il n’échappera pas à la mort. Il fait face au châtiment ultime avec la plus grande dignité.

   Un fait est frappant : la très grande majorité du peuple anglais est scandalisée par la condamnation à mort de Charles Stuart. Comment Cromwell, si fin stratège, n’a-t-il pas compris qu’en décapitant le Roi, en accomplissant un acte si grave à contre-courant de l’opinion publique, il se coupait lui même l’herbe sous le pied ? Les jours de celui qui est dès lors considéré comme un tyran sont désormais comptés… tandis que Charles Ier entre dans la légende. 

 

∫∫  Ce qu’il faut retenir ! ∫∫

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Points positifs

♥ Analyse très fine de cette période de grands troubles, époque charnière dans l’histoire de l’Angleterre.

♥ Un portrait de Charles Ier, homme et Roi, qui s’efforce de mêler analyse psychologique et rigueur historique.

♥ Le fonctionnement des institutions anglaises expliqué avec justesse et simplicité.

♥ Restitue toute l’importance de Buckingham auprès du souverain, tant dans sa vie publique que privée.

Points négatifs

♠ Développement réduit au strict minimum sur les dix années d’accalmie dans le règne de Charles Ier, durant lesquelles il s’adonne à sa passion pour les arts, pour sa femme et pour ses enfants.

 Une forte antipathie à l’égard de la Reine Henriette-Marie, qui se ressent tout au long de l’ouvrage et qui n’est pas toujours justifiée. Pour une vision plus juste de cette fille de France, lire : Henriette de France, Reine d’Angleterre

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