Les animaux exotiques des Rois : de Charlemagne à Louis XIII

Peinture "Eléphans, Palanquins et autres usages Indiens : Dessinés dans le pays, par des Européens (1770) - Gallica BNF
Peinture « Eléphans, Palanquins et autres usages Indiens : Dessinés dans le pays, par des Européens (1770) – Gallica BNF

 

  Cadeaux diplomatiques, caprices personnels, souvenirs de voyages ou encore spécimens rapportés par des naturalistes en expédition… les animaux exotiques fascinent les souverains d’Europe.

   Qu’il s’agisse de montrer sa puissance, d’étaler la fortune de son pays, de divertir et étonner sa Cour, ou encore de faire progresser la science, posséder un animal rare constitue toujours une marque de noblesse et de grandeur. Les monarques français s’adonnent eux aussi, et avec passion, à cette mode séculaire.

Un éléphant, un ours et un lion pour Charlemagne

    Durant le très haut Moyen-Age, il est peu fait mention d’animaux exotiques. On sait que Clotaire II (534 – 628) possède des chameaux dans ses armées. Mais c’est Charlemagne, bien des années plus tard, qui remet au goût du jour la coutume des anciens Empereurs romains de posséder des bêtes puissantes venues de contrées lointaines.

   En 799, le calife de Bagdad, Haroun al-Rashid, lui fait cadeau d’un splendide éléphant blanc nommé Abûl Abbas. Il semble que Charlemagne déplace régulièrement l’animal avec lui, de palais en palais, parfois même au cours de campagnes militaires. Selon les chroniques, l’éléphant meurt en 810 à Lippeham, en Rhénanie.

   Peu après l’ambassade du calife, Charlemagne reçoit celle de l’émir de Kairoan, qui lui fait cadeau d’un lion et d’un ours. Les bêtes sont placées dans les résidences somptueuses de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, Nimègue et Ingelheim. Dans certaines de ces villas, Charlemagne orne ses jardins de paons, oiseaux alors très rares et dits « nobles », faisans et autres « oiseaux singuliers ».

Éléphant présenté à un roi (dessin en marge inférieure). Extrait de "Albert le Grand, De animalibus", XIIIe siècle. (BnF)
Éléphant présenté à un roi (dessin en marge inférieure). Extrait de « Albert le Grand, De animalibus », XIIIe siècle. (BnF)

« Animaleries » ambulantes des Rois capétiens

   Des siècles plus tard, la dynastie capétienne, solidement installée sur le trône de France, rassemble quelques espèces, qu’elle achète à prix d’or ou reçoit des cours étrangères en guise de présent.

   Le terme de « ménagerie » n’existe en fait pas encore. Les animaux suivent les souverains et leur Cour dans leurs nombreux déplacements, rehaussant le prestige de la monarchie. Autrement, ils sont cantonnés à Melun, Pontoise, Saint-Germain ou Vincennes, résidences principales des Rois capétiens.

   Louis IX possède un lion, un porc-épic et un éléphant, Philippe III le Hardi un ours, des lions et des léopards, Philippe IV le Bel un magnifique ours blanc, des lions et des léopards. Ses fils entretiennent aussi plusieurs lions et léopards. Charles IV le Bel possède, en plus des fauves, un chameau et un perroquet.

Luxueuses ménageries des premiers Valois

   Philippe VI, le premier Rois de la dynastie des Valois, va installer la première Ménagerie royale de l’histoire de France. Celle-ci, aménagée au Louvre, loge les lions et les léopards du souverain, d’où son nom : L’Hôtel des lions du Roi.

   Charles V le Sage édifie une seconde Ménagerie à l’Hôtel Saint-Pol, la grande création architecturale de son règne. Entourant un assemblage harmonieux de maisons, les magnifiques jardins (pas moins de treize) composés de massifs de lavande, roses blanches et rouges, poiriers, pommiers et surtout cerisiers, abritent ses animaux rares.

   On y trouve de vastes volières pour grands oiseaux, d’autres plus petites en forme de petites lanternes d’argent doré, une Maison pour lions, des bassins pour phoques et marsouins, ainsi que Le Sauvoir, un bassin monumental de pierre taillée, orné de gargouilles, repaire des poissons.

   Cette Ménagerie est renommée dans toute Europe. Elle est même visitée par le Roi Wencelas en 1318 : il vient y admirer les lions.

   Son fils Charles VI le Fol et la jeune Reine Isabeau de Bavière héritent de ces merveilles. Les déficiences mentales de Charles VI apparaissant très rapidement c’est surtout Isabeau de Bavière qui entretient la Ménagerie de l’Hôtel Saint-Paul.

 

Représentations médiévale de lions (BNF)
Représentations médiévale de lions (BNF)

   Elle possède également un singe, qu’elle pare de vêtements de fourrure et d’un « collier de cuir rouge garni de laiton doré », un petit écureuil pour lequel elle achète un magnifique collier brodé de perles, « fermé par une boucle avec mordant en or », mais aussi un léopard femelle envoyé par son fils Jean, et enfin un marsouin, cadeau de son époux en 1417.

Des lions et des léopards, toujours…

Deux études de guépard (Peinture sur velin vers 1400-1410 / Londres, British Muséum)
Deux études de guépard
(Peinture sur velin vers 1400-1410 / Londres, British Muséum)

 

   Plus tard, la Reine Marie d’Anjou, passionnée par les animaux qu’elle entretient en son château de Chinon, transmet sa passion à son fils, futur Louis XI.

   Enfant, il s’entiche d’une lionne âgée de huit mois, qui passe ses nuits dans une pièces voisine de sa chambre. Attachée par une simple corde, la bête finit par sauter par la fenêtre, un jour que celle-ci est restée malencontreusement ouverte. Elle est retrouvée pendue… Louis XI en éprouve énormément de chagrin.

   Devenu Roi, il entretient avec attention la Ménagerie de l’Hôtel Saint-Paul, et dépense beaucoup d’argent pour acquérir toutes sortes d’animaux. Il possède un léopard, avec lequel il part à la chasse et qu’il cantonne en son château du Plessis, non loin de Chinon, mais aussi un éléphant offert par le sultan d’Egypte. Il se tourne même vers le nord  :

Louis XI avait fait placer, à côté des cerfs et des daims, six élans et six rennes qu’il avait fait venir de Danemark.

   Son fils Charles VIII, premier époux d’Anne de Bretagne, cantonne ses lions et ses léopards de chasse à Amboise. Le second époux de la bretonne, Louis XII, ramène de la campagne d’Italie des guépards de chasse ainsi qu’un lion, qu’il place à Tours. Les souverains sont friands de ces bêtes puissantes et majestueuses qui s’accordent si bien avec l’image qu’ils veulent renvoyer de leur propre personne.

Un engouement pour les « oiseaux chanteurs »

   Les souverains français de ce XVème siècle manifestent une réelle passion pour les « oiseaux chanteurs » : chardonnerets, rossignols, pinsons, rouges-gorges, pies, gaies…

   Au Louvre, Charles V le Sage fait édifier à côté de L’Hôtel des lions du Roi, la Chambre aux oiseaux : elle est peuplée de rossignols. Les appartements royaux de Vincennes, aussi bien les siens que ceux de la Reine Jeanne, sont envahis par des oiseaux. Parmi les pensionnaires, des cigognes, logées avec magnificence :

De splendides cages faites d’or et d’argent, et garnies de perles, d’émeraudes, de saphirs et autres pierres précieuses.

   Une génération plus tard, la Reine Isabeau de Bavière ne peut se passer de ses oiseaux chanteurs. Quitte-t-elle l’Hôtel Saint-Pol pour Vincennes ou Saint-Germain ? Elle les emmène en cage avec elle.

 

Rossignols (estampe du XVIIIème siècle)
Rossignols (estampe du XVIIIème siècle)

   Son fils Charles VII, qui réside à l’Hotel de Tournelles, s’attache à un perroquet. Pour faire plaisir à sa maîtresse Agnès Sorel, il lui offre par dizaines des rossignols pour orner la volière de ses jardins au Manoir de Beauté.

   Louis XI possède une volière (que sa fille Anne de Beaujeu entretiendra pendant sa Régence) peuplée de paons gris et blancs, ainsi que des perroquets, tous animaux particulièrement rares à l’époque. Son fils Charles VIII achète en 1491 trois beaux perroquets qu’il paie une fortune, et qu’il offre à sa femme Anne de Bretagne, connaissant sa passion pour les oiseaux. Il lui ramène aussi de sa campagne d’Italie un noir nommé Géronimo, exclusivement chargé de s’occuper des volatiles !

Derniers Valois

Dessin-gravure d'un ours brun (XVIIIème siècle)
Dessin-gravure d’un ours brun (XVIIIème siècle)

 

  François Ier est suivi, dans ses déplacements incessants, par de riches équipages comprenant des bêtes féroces : les éternels lions et léopards.

   Délaissant l’Hôtel Saint-Paul, c’est à Amboise, sa résidence préférée, ou à Saint-Germain, qu’il installe tous ses animaux exotiques. Les tigres envoyés par Barberousse en 1534, les moutons des Indes donnés par le seigneur de La Meilleraye en 1538, deux phoques que la Reine Régente des Pays-Bas, Marie de Hongrie, lui fait parvenir en 1540, mais aussi des ours, ou encore autruches, chevaux et chameaux ramenés d’Orient.

  Les animaux l’intéressent. En 1517, il demande à un équipage portugais en escale à Marseille de débarquer un rhinocéros destiné au pape dans le seul but de l’admirer. Aucun rhinocéros n’a encore jamais foulé le sol de France ! Les bêtes de François Ier sont admises jusque dans les intérieurs, exhibées. Pierre Belon rapporte :

Comme nous tenons quelque petit chien pour compagnie, que faisons coucher sur les pieds de notre lit par plaisir, Français Ier y avait telles fois quelque lion, ours ou autre telle fière bête.

   Son fils Henri II fait construire une nouvelle Ménagerie à Saint-Germain, pour loger lions, ours, éléphants, porcs épics, singes. Les éléphants font partie du cortège triomphal de Catherine de Médicis et Henri II à Rouen en 1550. Leur fils Charles IX rétablit une Ménagerie au Louvre : les animaux servent aux divertissements de Cour, pour organiser des combats contre vaches et ânes. Dans le jardin des Tuileries, Catherine de Médicis fait élever une volière et une « Maison des bêtes farouches ».

Des singes d’Henri IV à la chèvre savante de Louis XIII

   Henri IV offre à sa maîtresse Corisande, qui aime l’exotique romanesque, un splendide perroquet. Dans ses diverses résidences, ours, loups, singes, guenons et fauves vivent en cage. Les visiteurs de marque y découvrent notamment un léopard de chasse apporté de Florence par sa femme Marie de Médicis, en guise de cadeau de noce, ou encore un éléphant des Indes reçu en 1591. A Saint-Germain il fait construire une volière décorée d’une belle fontaine, abritant autruches, grues, hérons, goélands, paons, faisans, etc.

   Ce sont les singes qui fascinent réellement Henri IV. Il les emmène dans ses nombreux déplacements, parfois en cage, parfois simplement en laisse, installés sur son épaule.

L’Histoire a retenu le nom de trois d’entre eux : Bertrand et Robert, achetés en 1577-1578, et Frère Jean, acquis probablement un peu plus tard.

   Le jeune Louis XIII prend plaisir à voir Robert, dernier survivant, poursuivi par des chiens ! Devenu Roi, Louis XIII conserve les volières de son père ainsi que ses lions.

   Il entretient aussi sa propre Ménagerie, peuplée de guenons, d’un chameau, d’un caméléon, sans compter les nombreux chiens et oiseaux de vol, car il prise la chasse, surtout la fauconnerie. Mais la vedette est sans conteste une chèvre savante, achetée à prix d’or !

 

Gentile da Fabriano, Adoration des Mages (détail avec deux singes portant laisse et collier) 1423. Florence, Musée des Offices
Gentile da Fabriano,
Adoration des Mages (détail avec deux singes portant laisse et collier) 1423.
Florence, Musée des Offices

 

Sources

Histoire des animaux célèbres, de Marie-Hélène Baylac

 Zoos. Histoire des jardins zoologiques en occident (XVIe-XXe), de Éric Baratay

♦ Les animaux exotiques dans les ménageries médiévales, de Thierry Buquet

♦ Histoire des ménageries de l’antiquité à nos jours, de Gustave Loisel

 

Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à commenter, partager, et soutenir le blog sur Tipeee !

image-fin-articles

Laissez un commentaire !