Madame de Montespan – Michel de Decker

3 Stars (3 / 6) 

Montespan en Iris
Portrait de Mme de Montespan en « Iris », par un peintre anonyme – Tableau conservé au musée de Versailles

 

 

   Françoise de Rochechouart, Athénaïs de Montespan : une seule et même femme. Personnalité fascinante, imprévisible, caractérielle, elle est l’une des favorites les plus célèbres de l’histoire de France.

   Louis XIV, dont le cœur chavire, la hisse à la plus haute faveur durant une dizaine d’années… avant de lui préférer, et ce pour le restant de ses jours, Françoise de Maintenon. La chute de Madame de Montespan sera aussi spectaculaire que son ascension.

   Sa vie à la Cour retrace l’histoire d’amour tumultueuse entre un Roi ivre de gloire et de domination, dans toute la force et la vigueur des ses trente ans, le prince le plus puissant d’Europe, et une des plus belles femmes du Grand Siècle, à l’esprit vif et aux propos mordants, une femme ardente, merveilleusement piquante.

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Le Roi et la favorite

   Michel de Decker entre très vite dans le vif du sujet. La jeunesse de Françoise est assez vite expédiée. C’est un choix que je respecte, car les premières années de la marquise ne sont pas les plus riches en enseignements. Néanmoins, la famille Mortemart est si brillante, si représentative de ce fameux « esprit » dont héritera Athénaïs, qu’il est dommage de ne pas s’attarder davantage sur l’histoire de chacun de ses membres, notamment le père et les sœurs. Ces dernières entretiendront avec brio le cercle d’Athénaïs, et le Roi les tiendra en haute estime.

   Vient donc l’instant que le lecteur attend avec impatience : les prémices de la liaison entre le Roi et la ravissante jeune femme blonde aux yeux bleus qu’est alors Athénaïs. Là, petite déception. Michel de Decker ne tente pas franchement de comprendre comment Mme de Montespan, mariée (ne l’oublions pas), en vient à partager la couche du Roi. Etait-ce délibéré ? Etait-ce pur orgueil ? A-t-elle hésité avant de lui céder ou au contraire a-t-elle tout fait pour attirer son attention ? N’était-ce donc que l’ambition qui motivait ses actes ? La position de l’auteur sur ce point n’est pas très claire. Il affirme que deux êtres si séduisants, sensiblement du même âge et de la même trempe, ne pouvaient qu’être attirés l’un par l’autre et succomber à la passion. Je partage ce point de vue, il est bien évident que Louis XIV et Mme de Montespan étaient, dans ces années là, faits pour se plaire. Cependant, les débuts de leur relation méritaient davantage d’explications et d’approfondissement. Athénaïs, au moment où Louis XIV la courtise ouvertement, n’a pas la réputation d’être une femme volage, bien au contraire…

   En revanche, l’auteur nous fait bien percevoir l’emprise qu’Athénaïs exerce sur son amant, au moins durant les cinq ou six premières années. Prêt à tout pour lui complaire, Louis XIV la couvre de bijoux, lui offre des toilettes somptueuses, légitime ses bâtards, lui fait cadeaux de propriétés grandioses, ordonne à ses architectes et jardiniers d’aménager pour elle des espaces magnifiques en des temps records… Rien n’est trop beau pour l’élue de son cœur. Nous sommes bien loin des amours discrets d’un Roi encore timide, épris de la douce et tendre Louise de La Vallière !

 

Athénaïs palais pitti
Athénaïs par un peintre anonyme – Tableau conservé au Palais Pitti, Florence

Un style particulier

   Il faut le savoir dès le départ, dans le style littéraire de Michel de Decker transparait sa façon si singulière de s’exprimer. C’est d’ailleurs ce qui lui donne tant d’originalité, mais cette griffe personnelle peut aussi bien conquérir les cœurs qu’agacer.

   Excellent orateur, MIchel de Decker apporte notamment une dose appréciable d’humour durant ses apparitions dans l’émission Secret d’Histoire, pour ceux qui savent prendre ses réparties au second degré. Mais ce qui fonctionne parfaitement à l’oral n’est pas forcément de mise dans une biographie. Certes énergique, vive, grâce à des phrases courtes, la prose de l’auteur n’en demeure pas moins un peu décousue (de nombreux apartés). Il use des jeux de mots, d’envolées lyriques, de points d’exclamations et de parenthèses, parfois avec excès, de sorte qu’il devient impossible de souffler, de respirer. L’ensemble manque de liant et se présente, en conséquence, sous une forme légèrement brouillonne. Mais ce style est voulu par l’auteur, et cette capacité à donner autant de personnalité à son écriture est très impressionnante.

   Néanmoins, tantôt ce style divertissant a son charme, tantôt il peut lasser. Il ne satisfera en tout cas pas les plus exigeants, à la recherche d’un ouvrage sérieux empli de rigueur historique et d’analyses détaillées.

 

Quelques zones d’ombre

Montespan par Mignard
Mme de Montespan par l’atelier du peintre Mignard

 

   L’ouvrage glisse très vite sur les innombrables maîtresses passagères du Roi durant sa liaison avec Mme de Montespan. La bataille de chaque instant que celle-ci dû mener pour le retenir n’est donc pas mise en lumière de façon assez significative. Nous en venons à sa disgrâce sans avoir pris conscience que ce fut un processus long, étalé sur de nombreuses années, une décision compliquée pour un Roi qui n’aimait pas prendre les devants de la répudiation et que les cris et les larmes rebutaient.

   Le lecteur n’est pas plus informé des rapports qu’entretenait Athénaïs avec ses enfants, excepté l’anecdote souvent contée durant laquelle elle assiste son petit Louis-César malade, dans l’obscurité la plus totale, pendant six jours et six nuits. Nous savons que la plupart de ses enfants nés de sa liaison avec Louis XIV ne lui témoignèrent qu’une tendresse refroidie, voire une hostilité affichée (exception faite pour le petit dernier, le compte de Toulouse), mais elle ? A-t-elle tentée de les reconquérir ? De les approcher, de leur écrire ? Le comte de Toulouse ne lui a-t-il jamais rendu visite durant ses années d’exil ? Un exil que l’auteur ne manque d’ailleurs pas d’évoquer, mais encore une fois sans entrer dans les détails, de sorte que ce chapitre n’apporte pas de révélation au lecteur.

   J’ai également relevé une tendance à la caricature de certains personnages secondaires, qui pourra gêner ceux qui ont quelques connaissances. Prenons l’exemple de Mme de Maintenon, que l’auteur évoque en des termes excessifs. Son mari Scarron a-t-il vraiment su « la pervertir » comme l’affirme Michel de Decker ? Tout pousse au contraire à penser l’inverse. Ses difformités physiques bien connues ne devaient pas lui rendre aisée la pratique de ce genre d’activité, acrobatie bien différente de l’art poétique. Autre déclaration étrange : déjà autour de l’année 1675, Mme de Maintenon aurait été confite « en dévotion », ne rêvant que d’une chose, « la conversion du Roi ». C’est exagéré, surtout à cette époque. Ce n’est que bien plus tard qu’elle affirmera se sentir investie « d’une haute responsabilité spirituelle ». Elle est encore loin de prétendre à un tel rôle, voir même d’y songer.

 

Pour s’instruire facilement

   L’ouvrage expose de nombreux points, mais n’approfondit que très peu. Excepté l’Affaire des poisons, la plus grande affaire criminelle du siècle de Louis XIV. Michel de Decker se transforme, l’espace d’un chapitre complet, en détective. Faire du ministre Louvois l’instigateur de toute l’affaire paraît un peu gros pour être crédible, mais c’est un point de vue qui se défend et que Michel de Decker défend bien. J’aurais aimé tout de même plus de détails sur l’investigation menée, sur ce qui pousse réellement l’auteur à disculper totalement Mme de Montespan (excepté pour avoir fait ingurgiter à « Louis Soleil » des poudres pour l’amour). L’explication des multiples rebondissements de cette affaire n’est pas toujours chronologique, de sorte que l’on se perd un peu, mais l’importance des recherches réalisées en amont se ressent. Un petit détail amusant : le rapide historique de l’Arsenal qui retrace la découverte des documents relatifs à toute l’Affaire des poisons, ou l’aventure l’incroyable des papiers de La Reynie !

   L’auteur s’attarde relativement bien sur le mécénat de la favorite, son amour des artistes, et son goût très prononcé pour le théâtre, surtout celui de Molière car empreint de la raillerie qu’elle goûtait tant. J’ignorais qu’elle était elle-même si bonne actrice ! Il mentionne également les constructions érigées en son honneur, son goût luxueux très sûr, sans toutefois entrer dans les détails.

   Le dernier chapitre est très plaisant. Il permet de se rendre compte qu’à l’image de la Reine Victoria, Athénaïs peut se targuer d’avoir légué un nombre considérable de princes, princesses, Roi et Reines éparpillées dans toutes les dynasties d’Europe. Sa descendance est prodigieuse, et Michel de Decker se plait à en remonter les ramifications. Exercice ludique tout en restant érudit, qui produit son effet.

   Finalement, nous passons d’un personnage à un autre et nous entrons assez peu dans l’intimité du sujet de la biographie. C’est dommage ! Néanmoins, cet ouvrage satisfera pleinement ceux qui découvrent seulement le personnage d’Athénaïs, et qui souhaitent s’instruire facilement, sans être submergés par des descriptions précises et des raisonnements minutieux. Pour les autres, je conseille fortement la biographie de Simone Bertière sur les femmes du Roi-Soleil ( Les reines de France au temps des Bourbons, les femmes du Roi-Soleil ). Vous y trouverez une analyse extrêmement complète du caractère et de la psychologie de la marquise, ainsi que le détail de toutes les constructions et intérieurs érigés, décorés par elle, ou en son honneur.

 

∫∫  Ce qu’il faut retenir ! ∫∫

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Points positifs

 Un effort fait pour conter des anecdotes divertissantes et instructives

♥ Mécénat de la marquise de Montespan mis en valeur

♥ De nombreuses pages consacrées à l’Affaire des Poisons et une volonté de tirer au clair ce chapitre peut reluisant de l’histoire du Roi-Soleil

Points négatifs

Un style très particulier, tantôt plaisant, tantôt agaçant

Manque de profondeur sur de nombreux aspects relatifs à Mme de Montespan

Une tendance à la caricature

 

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2 Réponses

  1. fabienne di bello

    Avant tout bravo et merci pour tous ces passionnants éclairages!

    Petite suggestion de lectures complémentaires…. LE MONTESPAN de Jean Teulé, édifiant sur le mari cocu! et le magnifique L’ ALLEE DU ROI de Françoise Chandernagor, un incontournable sur la plus importante des favorites de Louis XIV (il y est question de Mme de Maintenon avant tout, mais la Montespan y figure aussi bien sûr).

    • Plume d'histoire

      Merci !
      Il me reste donc à lire l’ouvrage de Jean Teulé. L’Allée du Roi est effectivement un très bon roman historique !

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