Gabrielle, sœur de la Montespan et marquise de Thianges

Portrait présumé de Gabrielle, marquise de Thianges
Portrait présumé de Gabrielle, marquise de Thianges

   Si Athénaïs de Montespan gagne les faveurs de Louis XIV, c’est en partie grâce à sa sœur aînée Gabrielle de Thianges, qui l’introduit dans le monde.

   A la Cour, Gabrielle et Athénaïs sont comme deux jumelles, qui se chamaillent et se soutiennent, rivalisant de beauté et d’esprit. A l’image de Marie-Madeleine, troisième sœur Mortemart et abbesse de Fontevrault, Gabrielle conservera les bontés de Louis XIV après l’éviction d’Athénaïs…

La Bourgogne, terre honnie

  Gabrielle naît à Lussac-lès-Château en 1631. Elle est la première fille du couple formé par Gabriel de Rochechouart, duc de Mortemart, et la belle et pieuse Diane de Grandseigne.

   Élevée au convent Sainte-Marie à Saintes, Gabrielle se marie, en 1655, avec Claude-Léonor de Damas, marquis de Thianges. C’est un gentilhomme austère, issu d’une ancienne famille de Bourgogne. Un bien piètre courtisan.

   Très vite, la jeune femme s’ennuie à mourir sur les terres bourguignonnes de son terne époux, n’ayant pas le moins du monde envie de jouer à la paysanne. Elle a une fière idée de sa personne, elle, descendante de l’illustre famille des Rochechouart-Mortemart. Madame de Caylus écrit avec mordant dans ses Souvenirs que la dot que Gabrielle apporte à son époux se résume au « dénigrement qu’elle avait pour tout ce qui n’était pas de son sang » !

Elle conserva, sa vie durant, une telle aversion de la Bourgogne que sa plus belle injure était d’appeler quelqu’un « Bourguignon » !

   Son caractère mondain la pousse à abandonner son triste sire en Bourgogne et à gagner la capitale, où la jeunesse s’amuse.

 

Dans l’entourage de Monsieur, frère du Roi

   Rapidement, Gabrielle se lie avec Philippe d’Orléans, « toujours à l’affût des cancans et des picoteries ». Elle est aussi très appréciée de sa femme Henriette d’Angleterre, et de son entourage.

  Elle a donc ses entrées à la Cour, vit dans l’intimité du frère de Louis XIV au Palais-Royal, où elle introduit sa jeune sœur Athénaïs, marquise de Montespan. Gabrielle initie sa sœur cadette de neuf ans aux usages de la Cour, la « dégrossit » et la forme, aiguise son esprit Mortemart, lui fait aimer Racine.

   Tout en lançant Athénaïs dans le monde, Gabrielle continue d’entretenir d’excellentes relations avec Philippe d’Orléans et son épouse. Lorsque qu’Henriette d’Angleterre accouche, en 1665, d’une fille morte depuis déjà plusieurs jours, le curé refuse de la baptiser. La marquise de Thianges intervient :

M. le curé, prenez-garde à ce que vous faites ; on ne refuse jamais le baptême à un enfant de cette qualité.

   L’année suivante, Louis XIV remarque enfin Athénaïs de Montespan. Deux ans plus tard, en 1668, le voici subjugué par la sœur cadette de Gabrielle : il en fait sa maîtresse officielle en 1670. La marquise de Thianges est ravie !

   En mai de cette même année, Gabrielle accompagne Henriette d’Angleterre jusqu’à Boulogne, où elle doit rencontrer son frère le Roi d’Angleterre Charles II. Elle-même le connaît bien, puisqu’elle s’est souvent attelée à divertir le monarque exilé lorsqu’il résidait à Versailles, jouant avec lui dans ses appartements.

  Madame de Montpensier, qui est aussi du voyage, goûte beaucoup la compagnie de la marquise de Thianges.

   Toujours en cette année 1670, décidément importante dans la vie des Mortemart, Gabrielle marie sa fille préférée, Diane de Thianges, à Philippe Mancini, neveu du défunt Cardinal Mazarin et duc de Nevers.

   Faire de sa fille une duchesse, que rêver de mieux ? Elle essayera bien de la pousser dans les bras du Roi lorsqu’il se sera lassé d’Athénaïs (avec l’accord de cette dernière, d’ailleurs), mais sans succès… Diane, au demeurant très amoureuse de son mari, n’éveillera pas les sens de Louis XIV !

Diane de Thianges en 1665, cinq ans avant son mariage, par Jacob Voet
Diane de Thianges en 1665, cinq ans avant son mariage, par Jacob Voet

 

Reine des mondaines, amie du Roi

Christine de Suède par Sébastien Bourdon (Stockholm)
Christine de Suède par Sébastien Bourdon (Stockholm)

   Gabrielle de Thianges n’aime rien tant que la Cour et sa position privilégiée depuis que sa sœur a gagné le cœur du Roi : elle règne avec Athénaïs sur le salon de l’esprit, côtoie toutes les personnalités les plus en vue et s’offre des plaisirs charnels dans les bras de quelques amants.

Plaisante, hardie, spirituelle, elle avait le sens de la repartie et des boutades à l’emporte-pièce.

   En 1657, Christine de Suède, de passage à la Cour de France, apprécie tant la marquise de Thianges qu’elle lui propose de l’accompagner à Rome. Mais Gabrielle refuse, n’ayant guère envie de s’éloigner de la Cour.

    Gabrielle amuse beaucoup le Roi, qui apprécie autant sa compagnie que celle de sa maîtresse. C’est une femme de tête, de caractère, qui aime dominer, à l’image d’Athénaïs. Certaines insolences, qu’il ne tolère pas chez le premier courtisan venu, l’amusent fort chez Gabrielle : quand elle se pique d’être son égale par l’ancienneté de sa race, il se met à rire !

   La marquise de Thianges, qui prise la bonne chère, a le privilège de déjeuner souvent en compagnie du souverain. Elle monte même en calèche à la gauche du Roi, tandis qu’Athénaïs trône à sa droite.

   Louis XIV aime l’entendre déclamer des vers de Racine ou de Boileau. Étant très sensible à la musique, à l’Opéra et au théâtre (en particulier les comédies), elle pousse Athénaïs à pensionner et encourager les artistes. Elle-même se montre prodigue avec La Fontaine et Racine.

 

Beauté et naissance

   Mme de Caylus la dit « folle sur deux chapitres, celui de sa personne et celui de sa naissance ». Sa naissance, selon elle, la place au dessus du commun des hommes.

   Elle ne supporte pas que certains rejetons d’Athénaïs, dans lesquels coule son propre sang, ne s’en montrent pas dignes. Autant elle offre volontiers de charmants cadeaux au duc du Maine, autant elle ne cesse de se lamenter du peu d’esprit et du peu de beauté de Mlle de Blois, et se gausse de sa timidité.

   Si Gabrielle se regarde, avec une certaine vanité, « comme un chef-d’œuvre de la nature », c’est avec raison. Un poète du temps loue ses beautés :

Thianges nous plaît et la neige est moins blanche,

Que n’est son teint, sa gorge et son beau front.

   En plus de cette blancheur de lys, elle possède une longue chevelure de miel et de « grands yeux vifs ». D’autres, moins tendres, raillent son nez un peu busqué et sa bouche vermeille, à l’image de M. de Vendôme : il affirme qu’elle ressemble à « un perroquet mangeant une cerise » !

 

Une relation fusionnelle

  Encore plus moqueuse qu’Athénaïs, la marquise de Thianges dénigre volontiers son prochain, mais ne manque pas d’esprit et d’éloquence et n’a, finalement, « rien de mauvais dans le cœur ». Elle condamne même parfois les excès de sa sœur, qui peut se montrer terrible dans ses réparties cinglantes.

   Les deux sœurs, mues par une même fierté, se chamaillent d’ailleurs assez fréquemment : nombreux sont les témoins de leurs brouilleries, dont Madame de Maintenon, qui vit dans leur intimité, et quantité d’autres courtisans.

Elles s’emportaient pour un rien mais il s’agissait de colères qui s’apaisaient vite, de petites querelles qui entretiennent l’amitié.

   En effet, les deux sœurs sont très proches. Elle partagent ce même esprit Mortemart, « mordant et léger », et font les délices des salons. C’est un esprit original, que La Rochefoucauld appelle « l’esprit moqueur », fin, perspicace et souple dans la parole.

  Une troisième de leurs sœurs, Marie-Madeleine, abbesse de Fontevrault, partage avec elles cet esprit Mortemart, mais se tient éloignée de la Cour.

La marquise de Montespan
La marquise de Montespan

   Quoi qu’il en soit, Gabrielle est beaucoup plus attachée à Athénaïs qu’à Marie-Madeleine. Elle est toujours solidaire de sa cadette, dont la situation de favorite n’est pas de tout repos. Ainsi, lorsqu’en 1675 Louis XIV jette son dévolu sur la jeune Isabelle, marquise de Ludres, Mme de Thianges fait tout pour rendre la vie impossible à cette rivale d’Athénaïs. Primi Visconti se souvient :

J’ai vu aux Tuileries Mme de Ludres et Mme de Thianges échanger des regards de basilic. Elles se heurtaient quand elles se rencontraient !

 

Versailles jusqu’à la fin

   Les années passant, Gabrielle de Thianges (séparée depuis fort longtemps de son époux) se montre de plus en plus dévote. Elle a d’ailleurs toujours été fort pieuse, comme tous les enfants de Diane de Grandseigne.

   A l’image de sa sœur Madame de Montespan, Gabrielle s’empâte très vite. A cinquante ans, elle est obligée de se faire porter dans un fauteuil pour se déplacer jusque dans le cabinet du Roi, qui la demande presque tous les soirs.

   Cependant, la faveur de la flamboyante Athénaïs décline inexorablement : la sœur de Gabrielle est définitivement remerciée aux alentours de l’année 1690. Mais la marquise de Thianges reste dans les bonnes grâces du Roi, conservant « les plus grandes privances et des distinctions uniques ».

   Elle habite jusqu’à sa mort un appartement à Versailles et elle entretient de bons rapports avec Mme de Maintenon. Elle reçoit des visites nombreuses de gens influents à la Cour, et les propres enfants de Mme de Montespan et Louis XIV viennent la divertir fréquemment. Elle ne sort de Versailles que pour rendre visite à Athénaïs.

   Gabrielle, marquise de Thianges, meurt prématurément en 1693, âgée de cinquante-neuf ans.

 

Sources

♦ Madame de Montespan, de Michel de Decker

♦ Les reines de France au temps des Bourbons : les femmes du Roi-Soleil, de Simone Bertière

♦ Madame de Montespan, de Jean-Christian Petitfils

♦ Mémoires sur la cour de Louis XIV, Primi Visconti, de Pierre Clément

♦ Souvenirs de Mme de Caylus

 

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2 Réponses

  1. Merci pour ce portrait d’une femme que je (re)découvre… j’avais oublié que l’esprit Mortemart avait deux ambassadrices à la cour de Versailles et que cette Gabrielle de Thianges avait en plus de cette verve l’amitié de tous ceux (et celles!) que sa sœur Athénaïs dénigrait sans cesse! Merci donc d’avoir porté la lumière sur celle qui conserva finalement plus longtemps les bonnes grâces du roi que Mme de Montespan, elles furent certes moindres, mais elles ne s’éteignirent qu’avec sa mort.

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