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Quand les Bourbons portaient perruque

 

S’il est bien un symbole absolu de l’Ancien Régime, c’est la perruque.

Assurément, les Bourbons ne l’ont pas inventée. Elle est présente dès l’Antiquité, chez les Egyptiens, puis chez les Grecs et les Romains. Certains Rois, princes ou ducs, victimes d’une perte de cheveux disgracieuse et précoce, se parent d’une perruque. Mais ils y sont alors forcés par la dure nécessité…

Réellement adoptée sous Louis XIII, la perruque devient un accessoire de mode à part entière : on ne cherche plus à la camoufler. Louis XIV en fait le symbole de la majesté et de la virilité royale, un objet de prestige. La mode Louis XV se démarque du siècle précédent avec ses perruques poudrées en surabondance : banalisées, elles deviennent le signe distinctif par excellence de la société d’Ancien Régime.

Conception, entretien, évolutions et polémiques… Revenons sur l’histoire de la perruque masculine sous les Bourbons.

Le retour de la perruque sous Louis XIII

Lorsque Louis XIII devient Roi en 1610, sous la Régence de sa mère Marie de Médicis, la mode est aux cheveux courts. Mais le jeune souverain aime les longues chevelures et laisse pousser la sienne, qu’il a fort belle et fort épaisse. Les courtisans, par mimétisme, s’empressent de faire de même.

Très vite, la coiffure « à la comète » fait fureur : une raie au milieu sépare la chevelure qui, plaquée sur les côtés, descend sur les épaules.

Il faillait en outre avoir sur le derrière de la tête une espèce de queue flottante, que l’on ramenait par devant, tantôt sur l’épaule droite, tantôt sur l’épaule gauche.

La mode allonge de plus en plus cette « queue », poussant les courtisans à recourir aux cheveux artificiels.

A partir de 1633, Louis XIII, victime d’une perte de cheveux précoce, fait appel aux services des Perruquiers. Il adopte définitivement et sans honte le postiche. Les courtisans se hâtent alors d’arborer eux aussi la perruque. La coiffure « à la comète » est donc progressivement abandonnée, au profit d’une crinière lâchée sur les épaules. : le frère du Roi, Gaston d’Orléans, n’est pas le dernier à adopter la nouvelle tendance !

Ainsi est représenté Louis XIII aux alentours de la trentaine, vêtu de son armure à lys d’or, dans un célèbre portrait réalisé par Philippe de Champaigne.

En 1643, quarante-huit postes de Barbiers-Perruquiers sont créés par le Roi : ils se dispersent dans la capitale et embauchent des ouvriers pour répondre à une demande qui ne fait que croître.

La nouvelle mode avait alors tant de charme que tout le monde s’empressait de l’adopter, et les Perruquiers devinrent des hommes importants, des hommes nécessaires.

Rappelons que « perruque » désigne au départ le simple fait d’ajouter des cheveux artificiels à ses cheveux naturels, sous forme de coins : un de chaque côté de la tête, un autre derrière… Rien de très élégant ni de très ressemblant ! On parvient cependant très vite à coudre les cheveux artificiels sur un canepin (une peau de mouton). Ces embryons de perruques sont attachés à une calotte de tissu : velours, taffetas, satin et autres étoffes précieuses.

Louis XIII par Philippe de Champaigne
Louis XIII par Philippe de Champaigne

Louis XIV et la perruque moderne

C’est la même raison que son père qui décide Louis XIV à coiffer la perruque. En juillet 1658, le jeune souverain, âgé de presque vingt ans, inspecte ses troupes en guerre contre les Pays-Bas espagnols cantonnées à Calais. Il contracte la fièvre. Un temps donné pour mort, il finit par se remettre, mais doit dire adieu à ses belles boucles brunes, héritées de son père et emportées par la maladie. Qu’à cela ne tienne, il portera la perruque !

Au début, le souverain ne revêt que des « perruques à fenêtres », c’est à dire des perruques laissant passer des mèches de ses véritables cheveux. Il se plaint constamment de cette calotte peut hygiénique, malsaine, nid de vermine, qui le fait transpirer. Mais à partir de 1673, le voilà qui porte la perruque complète. C’est que de sensibles progrès ont été réalisés !

Vers 1660, exit la calotte. Monsieur Quentin, Barbier-Perruquier, invente l’art de tresser les cheveux sur des brins de soie. Les bandes de cheveux ainsi formées sont ensuite cousues sur des toiles très fines (canevas ou tulles) pour former une coiffe entière. La coiffe est enfin posée sur une tête en bois pour être formée. Cette technique du tressage permet d’utiliser des cheveux véritables : nouveauté considérable !

Le commerce des cheveux, rapidement, atteint des sommets. La tête des femmes (les cheveux des hommes sont plus cassants) est mise à contribution dans tout le pays, et même en Flandres. Et les Perruquiers français exportent : Espagne, Angleterre, Allemagne, pays nordiques…

Le perruquier français acquit dans toute l’Europe la réputation, qu’il conserva jusqu’à la fin, d’être un artiste inimitable.

C’est qu’entre temps, le port de la perruque est devenu une mode symbolique que toutes les Cours européennes s’efforcent d’imiter.

Crinières à la Cour du Roi-Soleil

Les gens du monde s’étaient imaginé que rien n’était plus convenable à la beauté du corps et à la dignité de l’homme qu’une longue, qu’une vaste chevelure.

À la fin du XVIIème siècle et jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, les perruques masculines atteignent des proportions inégalées. Les Perruquiers, priés de ne pas se montrer avares de cheveux, confectionnent des postiches qui descendent jusqu’au creux des reins, véritables crinières de lions !

À la Cour du Roi-Soleil, suivant l’exemple de Louis XIV et de son frère, tous sont ainsi « emperruqués » :  Grands du royaume, courtisans, bourgeois, médecins et avocats n’hésitent pas à se raser entièrement la tête pour revêtir ces oeuvres d’art !

L’art des perruquiers consistait à bien diviser les boucles, à les mettre en papillotes, à leur donner du maintien par l’application du fer chaud, puis par le masticage au moyen d’une pâte de pommade et de poudre, qu’on appelait collure. On mettait la dernière main à l’ouvrage en faisant voler dessus (…) un nuage de poudre.

Cette poudre est encore incolore, et n’est utilisée que dans un but d’hygiène, pour que les boucles tiennent mieux et pour empêcher les cheveux de graisser trop vite. Monsieur, frère du Roi, porte encore une perruque noire et poudrée de façon incolore en 1703. Après cette date émerge une nouvelle mode : les perruques poudrées de blanc. Mais Louis XIV répugnant à cette pratique, cette mode ne prendra véritablement son essor qu’après sa mort.

Les perruques demandent parfois 80h de travail, et deviennent un ornement rare et coûteux. Pouvant peser jusqu’à 1kg (Louis XIV se plaint souvent d’avoir des maux de têtes…) leur prix atteint parfois mille écus (un écu correspond à peu-près à quinze euros). Messieurs les bourgeois surveillent leur postiche avec attention, car le vol de perruque en pleine rue est devenu un délit très fréquent !

Louis XIV en costume de sacre par Rigaud (Musée du château de Versailles)
Louis XIV en costume de sacre par Rigaud (Musée du château de Versailles)

Perruquier du Roi

En mars 1673, Louis XIV fait enregistrer un nouvel édit qui confirme les Perruquiers dans l’exercice de leur profession, créant même deux cents nouvelles places.

Jouxtant sa garde-robe, le Roi-Soleil dispose d’un cabinet des perruques (aujourd’hui transformé)sorte de cabinet de toilette où sont rangés ses multiples postiches.

Louis XIV a son « chambellan de perruque » personnel, chargé de l’entretien et de la surveillance des perruques. Sait-on jamais, des fois qu’elles s’échappent en courant ! Les perruques du Roi valent une fortune, car pour un souverain (ou un noble), le Perruquier réalise une pièce d’exception, d’une extrême précision, qui tient notamment compte de l’épaisseur de cheveux de son client.

Le Barbier-Perruquier de Louis XIV lui apporte ses perruques à différents moments de la journée, car il en change plusieurs fois par jour. A son lever, il paraît devant le parterre de courtisans et présente au souverain deux perruques : le Roi fait son choix en fonction de ses activités du jour.

La perruque dite « du lever » est généralement moins haute et moins encombrante que celles de la journée. Il porte la perruque longue et intégrale pour les Conseils et les divertissements de Cour.

Artisans évoluant dans l’intimité du souverain, les Perruquiers ont toute la confiance du monarque et vivent dans l’aisance, comblés par la faveur royale grâce à leur talent et à leur renommée.

Perruques enfarinées sous Louis XV

Louis XIV par Maurice Quentin de La Tour
Louis XIV par Maurice Quentin de La Tour

Aux alentours de 1710, la mode Louis XV fait déjà son apparition. Progressivement, les perruques volumineuses, longues et lourdes sont abandonnées. Elles disparaissent définitivement après la mort de Louis XIV.

Sous la Régence et la première moitié du règne de Louis XV, les militaires nouent leur perruque dans le cou, le plus bas possible, à l’aide d’un ruban très serré. La mode s’étend à la bourgeoisie et à la noblesse.

Ainsi naissent les perruques « en Bourse » (les cheveux sont recueillis dans un petit sac en taffetas fermé par un nœud), « à Cadogan » (une queue relevée et nouée), etc. Sur les tempes apparaissent des rouleaux à l’horizontale ou en diagonale, appelés « marteaux ». La chevelure se termine par des frisures appelées « marrons ». Surtout, ces messieurs s’aspergent la perruque de farine ou de poudre de riz : elle doit être intégralement blanche !

Pour rendre les perruques plus solides, on mêle aux vrais cheveux féminins des poils de crins. Les vrais privilégiés, eux, peuvent se permettre de s’offrir une perruque parsemée de quelques fils de cristal. De quoi éblouir son monde en plein soleil. Quelle classe !

L’éventail de choix de perruques masculines au XVIIIème siècle est exceptionnel : à l’espagnole, à la Cadenette, à la turque, à l’anglaise, à la Vénus, à la financière, à Noeuds, à crochets, à la Brigadière… Le Barbier-Perruquier Ervais ayant inventé une technique qui permet de donner une frisure permanente aux cheveux, la perruque l’est parfois entièrement : c’est la perruque à la Sartine car le Ministre est le premier à porter un postiche ainsi frisé dans son intégralité.

Il faut cinquante à deux cents papillotes pour friser un petit maître, avant de le pommader pour fixer les boucles et les marrons, et de le poudrer tandis qu’il protège sa figure dans un grand cornet de papier.

Caprice d’aristocrate

La perruque n’a pas que des amis. Acheter une chevelure artificielle à prix d’or choque profondément les Lumières, notamment Diderot et Rousseau. Ce dernier déclare, alors qu’une série de disettes frappe la France à partir de 1756 :

Il faut de la poudre pour nos perruques ; voilà pourquoi les pauvres n’ont plus de pain !

Dans le dernier tiers du règne de Louis XV, puis sous Louis XVI, on délaisse un peu la perruque… mais pas la poudre.

La Révolution mettra un terme au port de la perruque, celle-ci trahissant l’appartenance à l’aristocratie de son propriétaire. Après un bref sursaut durant le Directoire, il faudra attendre la seconde moitié du XXème siècle pour que les Perruquiers français retrouvent réellement du travail. Mais jamais plus ils ne recouvreront la gloire acquise sous le règne des Bourbons, et jamais plus la perruque ne suscitera de mode si influente et si durable !

Sources

♦ Histoire des modes françaises ou Révolutions du costume en France, depuis l’établissement de la Monarchie jusqu’à nos jours de Guillaume Molé

♦ Histoire de la coquetterie masculine de Jean-Claude Bologne

♦ Histoire du costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du XVIIIème siècle de Jules Quicherat

♦ Du bon usage des perruques : le cas Louis XIV de S. Perez

♦ Coiffureshistoriques.fr

 

16 Comments

  • PAVARD Xavier

    Extrêmement bien documenté et simplement passionnant. L’histoire est aussi faite de tous ces petits riens qui font un tout. Que n’enseigne t-on pas l’histoire de cette manière. Je ne connaissais pas ce site. Je reviendrai et je vais contribuer. Continuez.

  • Daniel

    Une plongée de plus dans la petite Histoire, celle qui permet de mieux comprendre la grande.
    Merci pour cet article.
    Dans ce cas précis, la remarque de Rousseau montre, jusque dans l’intimité des Grands du monde de cette époque, le décalage entre les puissants et les riches d’une part et les pauvres de l’autre. La Révolution française n’était pas loin…

  • Marie-Isabelle Murat

    Merci !! Très intéressant ! Mais ATTENTION aux fautes, j’en retrouve assez souvent dans vos articles et puis vous vous êtes trompée, sous le tableau représentant Louis XV vous avez noté “Louis XIV” ! Sinon vos articles sont très intéressants !! Désolée pour les fautes, mais je n’y peux rien elles me sautent aux yeux ! Au plaisir de continuer à vous lire !

    • Plume d'histoire

      J’essaie d’en faire le moins possible mais personne n’est à l’abri ! Merci pour le tableau, à rectifier tout de suite

  • Marie

    Les ” Bourbons ” avec un S !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! les noms propres sont invariables. Merci de veiller à l’orthographe qui fait partie entière de notre patrimoine culturel, dommage, les fautes entachent vos articles qui sont intéressants.

    • Plume d'histoire

      Merci de faire preuve d’un peu de bienveillance, je veille en effet aux fautes que je traque sans relâche, chez moi comme chez les autres 😉 On trouve Bourbons souvent conjugués mais il est vrai que ça n’a pas lieu d’être.

  • Laura

    Article très instructif sur un sujet original. Bien écrit. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et ai appris plein de choses. Merci pour cet article et pour votre site très enrichissant

  • GADOUAIS Liliane

    Merci pour ce reportage qui m’a transportée au siècle des Rois, je n’imaginais pas que LOUIS XIV était pour ainsi dire chauve et portait plusieurs perruques tout le long de la journée. J’avais lu quelque part que sous ces perruques, grouillait la vermine !!! est-ce vrai ? et le poids devait, à la fin de la journée, donner de sérieux maux de tête. Quant à vos fautes d’orthographes, franchement, elles n’enlèvent rien à votre histoire, et je passe dessus sans aucun problème. Qui n’en fait pas un moment ou un autre ? Merci pour ce beau moment que j’ai passé avec cette histoire. Bon we à vous “Plume d’histoire”.

    • Plume d'histoire

      Auriez-vous la gentillesse me souligner où sont les fautes car j’ai beau être attentive certaines m’échappent en effet ! 🙂

  • GADOUAIS

    Bonjour, non non je ne remarque pas les fautes, rassurez-vous, je ne faisais que répondre à quelqu’un qui en avait fait la remarque. Mais personnellement je n’en ai pas relevé. Bon we

  • joséphine

    merci pour vos sujets toujours si interessants, sortant de l’ordinaire, et qui me rappellent les revues Historia des années 1950 à 1980 dans lesquelles j’ai puisé un peu de culture générale et qui ont surtout occupé mon adolescence solitaire.
    Il est vrai que des articles de qualité comme les vôtres, nécessitent d’être vigilante en orthographe, -:)
    Toutefois je suis ravie de vous lire, et j’espère vous faire lire à mes petits-enfants
    bonne continuation,
    cordialement.
    joséphine

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