Comment Marie Leszczynska manqua le cœur de Louis XV

Marie Leszczynska par Pierre Gobert en 1726 par Pierre Gobert - Musée du château de Versailles
Marie Leszczynska par Pierre Gobert en 1726 par Pierre Gobert – Musée du château de Versailles

 

   Lorsque Marie Leszczynska devient Reine de France le 5 septembre 1725, elle ignore tout des subtilités de Cour et des coteries qui y font rage. Son père, Stanislas, lui a donné pour conseils de se fier entièrement aux artisans de son mariage : le duc de Bourbon et sa maîtresse la marquise Agnès de Prie. Conseils qui vont se révéler désastreux.

Un duo d’intrigants

   Le duc de Bourbon, Premier ministre depuis la mort du Régent en 1723, et sa maîtresse Madame de Prie sont au fait de leur puissance. Louis XV est encore trop jeune et trop influençable pour gouverner par lui-même : le couple s’en charge avec délectation.

   Marie Leszczynska, polonaise sans fortune ni avenir, fille d’un Roi détrôné, n’est pas devenue Reine par hasard. Alors que l’on cherche de toute urgence une épouse au Roi capable de lui donner une descendance, son nom est lancé par Madame de Prie.

   Elle veut « une fille de roi, mais simple, douce, docile, pieuse à souhait, sans prétentions ni appuis ». En effet, que deviendrait-elle si le jeune souverain épousait une femme de caractère soutenue par une puissante famille ? Il n’en est pas question. Il lui faut une Reine à sa solde, inexpérimentée, prête à se fier totalement à elle. Pourquoi ? Tout simplement pour contrebalancer l’influence du cardinal de Fleury, précepteur du Roi, très écouté et très apprécié par ce dernier.

   Son amant le duc de Bourbon, sur lequel elle a grande influence, ne tarde pas à se ranger à son avis. Une Reine manipulable à souhait, qui leur devra tout et qu’il ne restera plus qu’à dresser pour faire avancer leurs intérêts… Afin de s’assurer qu’elle aura tout pouvoir sur la future Reine de France, Madame de Prie se fait nommer parmi les douze dames du palais de Marie : son emprise sur la petite polonaise sera ainsi totale.

La Reine donne aveuglement sa confiance

   Eblouie par la Cour de Versailles, honorée toutes les nuits par un mari empressé et métamorphosé par le mariage, qu’elle aime de toute son âme, Marie nage dans le bonheur. Un bonheur qui ne sera que de courte durée. Moins de quatre mois après son union avec Louis XV, elle va commettre un faux pas qui va lui coûter cher.

Marie fut projetée, sans initiation préalable et aux côtés d’un mari trop jeune, à la tête d’une cour à réanimer. Pour ce faire, les règles ne manquaient pas : il y en avait plutôt trop.

   Elle fait entièrement confiance à Madame de Prie pour l’aider à s’acclimater et à s’instruire de ses nouvelles fonctions. Pourquoi en serait-il autrement ? Elle est le principal artisan de cette union inespérée avec le plus puissant Roi d’Europe et son père ne jure que par elle et le duc de Bourbon…

D’autant qu’elle ignore tout de l’aspect sordide des négociations qui l’ont conduite dans le lit du Roi et ne sait rien du passé peu recommandable du duc et de la marquise.

   La maitresse du duc de Bourbon jubile. Loin d’apprendre à sa protégée toutes les subtilités de l’étiquette, et de l’aider à arbitrer les querelles de préséance, elle use de son ascendant et se joue de la naïveté de la jeune Reine pour combler de faveurs ses amis, « à l’exclusion des autres ».

Cette princesse est obsédée par Mme de Prie. Il ne lui est libre ni de parler à qui elle veut, ni d’écrire. Mme de Prie entre à tout moment dans ses appartements pour voir ce qu’elle fait, et elle n’est maîtresse d’aucune grâce.

 

Portrait présumé de Madame de Prie
Portrait probable de Madame de Prie

 

Faux pas

   A soixante-douze ans, le cardinal de Fleury ne s’est pas fait que des amis. Le duc de Bourbon et sa maîtresse ne supportent pas son influence sur le Roi, qu’il garde en entretien en tête à tête pendant des heures, et son ingérence dans les affaires.

Le prélat assistait à tous les entretiens du Roi avec le premier ministre et à tous les Conseils et M. le Duc enrageait de se sentir constamment épié.

Louis XV peint par Jean-Baptiste Van Loo en 1723 - Musée du château de Versailles
Louis XV peint par Jean-Baptiste Van Loo en 1723 – Musée du château de Versailles

 

   Les deux compères mettent sur pieds une manœuvre (d’ailleurs peu subtile) pour accéder en particulier au Roi et tenter de lui parler librement. Le but ultime étant évidemment d’évincer définitivement Fleury ! D’autant que le temps presse, leur politique est de moins en moins populaire.

   Marie Leszczynska connaît l’attachement du Roi pour Fleury. Mais elle n’apprécie pas qu’il s’immisce dans sa vie intime, allant jusqu’à lui « donner son avis sur la fréquence idéale des rapports conjugaux » ! Jouet facilement malléable par le duc et sa maîtresse, elle va accepter, après quelques hésitations, d’intercéder en faveur du duc de Bourbon.

   Nous sommes le 17 septembre 1725. La journée tire sur sa fin, et Louis XV qui revient de la chasse dispose d’une heure de temps libre avant de retrouver Fleury en entretien. Marie envoie le marquis de Nangis, son chevalier d’honneur, prier le Roi de passer chez elle. Louis XV ne se le fait pas dire deux fois, et rejoint son épouse dans son cabinet.

   Quelle n’est pas sa stupeur de la trouver en compagnie du Premier ministre !

   Certainement incapable de discerner le masque de colère froide sue le visage de son mari, Marie Leszczynska l’assure qu’il lui sera bénéfique de travailler en particulier avec le duc de Bourbon. Ce dernier se lance alors dans la lecture d’une lettre hostile à Fleury puis demande au Roi ce qu’il en pense. Le Roi, muré dans un silence de plomb depuis le début de ce curieux entretien, lance :

– Rien !

– Votre Majesté ne me donne-t-elle aucun ordre ?

– Que les choses demeurent comme elles sont.

– J’ai donc eu le malheur de déplaire à Votre Majesté ?

– Oui.

– Votre Majesté n’a plus de bonté pour moi ?

– Non.

– de Fréjus (Fleury) a seul la confiance de Votre Majesté ?

– Oui.

   La défaite du duc de Bourbon est cinglante. Louis XV regagne ses appartements, laissant Marie en pleurs. Il a vu sa femme être l’instrument des ennemis de son précepteur. Le piège qu’elle lui a tendu, auquel il ne s’attendait pas le moins du monde, l’a mis dans une colère folle !

Le prix d’une inconséquence

   A la suite de cet épisode, les jours du duc de Bourbon et sa maîtresse à la Cour sont comptés. Ils ne vont y survivre que quelques mois. Ayant perdu beaucoup de crédit, le couple multiplie les égards à l’endroit du Roi, s’applique à ne pas le mécontenter, croyant regagner du terrain. Marie Leszczynska, qui persiste, intercède en faveur de ceux à qui elle se croit intimement liée. En réalité Louis XV, savamment poussé par Fleury et faisant preuve de grande dissimulation, s’apprête à leur signifier leur congé. Le 11 juin 1726, le duc de Bourbon est disgracié. Madame de Prie doit regagner ses terres de Normandie, où elle mourra quelques mois plus tard : le pouvoir était sa raison de vivre !

   Et Marie ? Dans cette affaire, elle perd beaucoup. Au moment même où le duc de Bourbon reçoit sa « sentence d’exil », elle se voit remettre une lettre de la main même de Fleury. Louis XV s’adresse à sa femme de façon fort sèche et fort cruelle :

Je vous prie, madame, d’ajouter foi à tout ce que l’ancien évêque de Fréjus (Fleury) vous dira de ma part, comme si c’était moi-même. Louis.

   C’est donc par mentor interposé qu’il informe la Reine de l’infortune de ses protégés. Marie est sous le choc, complètement désemparée par la nouvelle et la brutalité avec laquelle son époux lui en fait part.

Marie n’avait rien vu venir. Partageant l’aveuglement du duc de Bourbon, elle avait pensé que les choses s’apaiseraient et n’avait pas cru devoir prendre ses distances avec Mme de Prie, conformément au désir du Roi. La disgrâce du duc la frappe de plein fouet.

 

Marie Leszczynska François Stiémart - Musée du château de Versailles
Marie Leszczynska François Stiémart – Musée du château de Versailles

 

 

   Non seulement elle n’a pas mesuré combien le Roi était viscéralement attaché à Fleury, qui va d’ailleurs diriger les affaires de la France jusqu’à sa mort, mais encore se rend-elle compte que l’amour qu’elle porte à Louis n’est pas payé de retour. Du moins pas de la même façon.

   En outre, en brusquant ce grand timide qui déteste les drames et les conflits, distant avec autrui, Marie a commis une faute très grave. Elle dit adieu à ses chances de devenir sa confidente, et de voir s’instaurer entre eux une réelle complicité. Si le Roi pardonne assez vite à sa femme, lui témoigne de l’attention et continue de visiter son lit, « longtemps il lui en gardera rancune et jamais plus il ne s’abandonnera aux confidences avec elle ».

   A partir de ce moment là et ce pour toute sa vie, Marie aura constamment peur de déplaire au Roi, qu’elle aime plus qu’il ne l’aime. Après ces quelques mois particulièrement éprouvants, elle a compris qu’il la domine et elle se montre plus docile et plus soumise que jamais. Désormais, leurs relations seront dénuées de spontanéité et, irrémédiablement, Louis XV se détachera de sa femme trop douce et trop éprise…

Cette défaite était hélas définitive : elle avait eu quelques mois pour toucher le cœur de son mari et avait échoué.

Sources

 Louis XV, de Michel Antoine

♦ Louis XV, de Jean-Christian Petitfils

♦ Reines et favorites : Le pouvoir des femmes, de Benedetta Craveri

♦ Louis XV et Marie Leczinska, de Pierre de Nolhac

♦ Les Reines de France au temps des Bourbons, de Simone Bertière : Tome 5 : La Reine et la favorite

 

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3 Réponses

  1. Jérôme DUSSUEIL

    Madame de PRIE se fait NOMMER (et non nommée). L’article est excellent.

  2. Denise Roumegous

    Merci , j’ai appris .

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