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Paul de Cassagnac – Thibault Gandouly

   

   Rencontre avec Thibault Gandouly, professeur d’histoire-géographie dans un lycée de l’Oise. Originaire de Toulouse, il s’est passionné pour Napoléon III, le Second Empire et le bonapartisme sous la IIIème République. Pour sa première biographie, sortie ce mois-ci aux éditions Via Romana, il a choisi le personnage très méconnu de Paul de Cassagnac, dont la vie mouvementée est pourtant digne d’un roman de cape et d’épée… La politique en plus. Vous le savez maintenant, chers lecteurs, j’aime les oubliés de l’histoire… Je ne suis pas la seule, et c’est tant mieux.

 

  • D’où tenez-vous cette passion pour le Second Empire ?

J’ai découvert Napoléon III à peu près lors du bicentenaire de sa naissance (2008) à travers un article de presse à caractère biographique, dans un journal grand public. Ne connaissant quasiment rien à ce personnage aux étranges moustaches, et intéressé par l’article, j’ai acheté peu après une biographie (celle de Raphaël Dargent) et c’est là qu’a commencé une histoire d’amour … sur le plan intellectuel !

 

  • Les amoureux de Napoléon III ne sont pas légion ! On peut dire que l’Empereur n’a pas été en odeur de sainteté pendant très longtemps… 

Effectivement, Napoléon III reste méconnu et maltraité, associé au coup d’État du 2 Décembre 1851 et à la guerre de 1870, alors que c’est sous son règne que la France de la révolution industrielle est née. En 1848, la France était alors une puissance européenne de second ordre ; en deux décennies il a fait du pays la deuxième puissance économique mondiale, tout en menant des réformes sociales audacieuses pour son époque, la plus connue étant l’autorisation du droit de grève. La IIIe République avait besoin d’un repoussoir pour s’affirmer, d’où une diabolisation systématique qui a laissé des traces durables. Je pense que ce sort injuste a participé à faire naître ma passion pour lui.

 

  • Comment votre route a-t-elle croisé celle de Paul de Cassagnac ? Qu’est-ce qui vous a immédiatement séduit chez ce personnage ?

Mon intérêt pour Napoléon III m’a poussé à m’intéresser au sort de la cause bonapartiste après 1870. Croiser Paul de Cassagnac était alors inévitable : il s’est imposé comme une figure de premier plan dans le parti au cours des années 1870. C’est d’abord son talent de polémiste qui m’a séduit : il écrit incroyablement bien, dans un style très coloré. Avant d’être député du Gers – de 1876 à 1902 avec une interruption de 1893 à 1898 – il a été un journaliste très lu et c’est d’ailleurs la personnalité monarchiste la plus lue à la fin du XIXe siècle, à travers son journal L’Autorité

Pour le reste, c’est un personnage qui semble sorti tout droit d’un roman : une vingtaine de duels dont il n’est jamais sorti vaincu, de nombreuses maîtresses, de nombreux procès également pour délits de presse, trois expulsions de la Chambre des députés en raison de son comportement …

 

  • Comment expliquer que personne avant vous ne l’avait jugé digne d’une biographie à part entière ?

Cassagnac a déjà fait l’objet d’un travail à caractère biographique mais … aux États-Unis ! Il a été le sujet d’une thèse au début des années 1970 qui a été éditée (non traduite en français) : Paul de Cassagnac and the Authoritarian Tradition in Nineteenth-century France de Karen Offen. Cependant ce travail a le défaut majeur de complètement laisser de côté les dix dernières années de sa vie (après 1893). Et depuis les années 1970 quelques nouvelles sources et instruments de recherche sont apparus.

De manière générale, j’observe que les personnalités de droite de la IIIe République, vaincues de l’Histoire, ont longtemps été boudées par les historiens. Ce n’est que depuis les années 1990 qu’un certain nombre de biographies sont parues sur ces personnalités, je pense par exemple à la biographie de Déroulède de Bertrand Joly, celle du sulfureux Édouard Drumont de Grégoire Kauffmann ou celle du baron Eschassériaux (grande figure bonapartiste) de François Pairault. C’est d’ailleurs à la même époque que Napoléon III a été redécouvert. En écrivant sur Cassagnac, j’apporte en quelque sorte ma pierre à l’édifice.

 

  • Quel a été votre cheminement dans la conception de cette biographie ? Je suppose que le temps passé à la recherche d’archives a été conséquent… mais passionnant !

J’ai d’abord travaillé sur la presse de la fin du XIXe siècle … J’ai ainsi consulté plusieurs milliers de numéros du Figaro, des années 1860 jusqu’en 1914, grâce à Gallica, la plateforme numérique de la BNF. Mais aussi d’autres journaux comme Le Gaulois et Le Temps, et bien entendu Le Pays et L’Autorité, journaux de Cassagnac.

Je me suis aussi rendu très rapidement aux archives de la Préfecture de police, qui conservent cinq gros cartons de notes de mouchards, soit plusieurs milliers de notes, qui portent aussi bien sur la vie publique que privée de Cassagnac. Je n’ai vu une telle quantité de notes de police pour aucun autre personnage de la période, ce qui montre qu’il était considéré comme un homme à surveiller attentivement, constituant un danger pour les institutions. Un mouchard est même devenu rédacteur-correspondant à L’Autorité, journal de Cassagnac …

Ces notes sont à prendre avec une certaine prudence : beaucoup se font l’écho de rumeurs (mais une rumeur constitue une information en soi), certaines se contredisent, mais beaucoup aussi sont confirmées par d’autres sources. En dehors de la presse et des notes de police, qui constituent les sources principales, un certain nombre de lettres de Cassagnac à caractère politique sont conservées aux Archives nationales, des archives également utiles sont conservées aux archives départementales du Gers au sujet des élections surtout : procès-verbaux, rapports de commissaires de police, de sous-préfets, etc. ; et j’ai eu la chance de rencontrer des membres de la famille de Cassagnac qui m’ont très gentiment mis à disposition leurs archives privées.

Trombinoscope datant de 1882
Trombinoscope datant de 1882

 

  • J’imagine que vous avez fait des découvertes surprenantes… Une anecdote que vous aimeriez nous raconter ?

Il est difficile de n’en choisir qu’une seule. Je vais en prendre une amusante bien que sans importance sur le plan historique. En janvier 1879, Paul de Cassagnac a dû se faire réélire député du Gers suite à un vague d’invalidations de députés de la droite (représailles de la gauche suite à la dissolution de la Chambre des députés réalisée en 1877 par Mac-Mahon, président de la République aux opinions monarchistes). La réélection de Cassagnac, qui ne paraissait pas acquise, a visiblement agacé des villageois républicains du Gers qui ont décidé d’aller brailler La Marseillaise sous les fenêtres du château du Couloumé, résidence de Cassagnac dans le Gers. L’hymne était alors étroitement associé à la République (il était interdit sous le Second Empire). Cassagnac est parvenu à mettre fin à ces nuisances en demandant à une petite fanfare de lui interpréter La Marseillaise au château, ce qui a dû susciter l’étonnement des villageois en question puisqu’ils ne sont plus reparus ! Les petites anecdotes comme celle-là foisonnent.

 

  • Qu’espérez-vous faire ressortir de cet ouvrage et du personnage de Paul de Cassagnac ?

J’espère faire sortir ce personnage de l’oubli total qui l’a frappé en lui donnant une biographie. Ainsi, on retient aujourd’hui le surnom péjoratif « la Gueuse » qui a été donné à la République … mais qui sait que c’est Cassagnac qui en a été l’inventeur ? Au-delà du personnage, j’espère aussi faire redécouvrir l’Histoire politique de la France de la fin du Second Empire jusqu’au tout début du XXe siècle, du point de vue de la droite … une époque passionnante où la question du régime politique est encore au centre des débats politiques et où royalistes, bonapartistes et républicains se mènent une lutte sans merci. Il n’en a pas fallu de beaucoup pour que la France soit une monarchie !

 

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