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Wallis la scandaleuse – Anne Sebba

 

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   Cynique, dévorée d’ambition, mauvaise, prédatrice sexuelle… Tous les qualificatifs sont bons quand il s’agit d’évoquer Wallis Simpson, devenue duchesse de Windsor par son mariage avec Edward VIII, ce faible sans aucune conscience de ses devoirs qui abdique par amour pour elle. La vérité, c’est qu’elle dérange de son vivant, et continue d’intriguer par-delà la mort. Anne Sebba, célèbre biographe britannique, offre un regard neuf sur Wallis et son époque, grâce à l’analyse de sources inédites.

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Troubles et inquiétudes

   L’auteur explique le caractère et le comportement de Wallis par deux facteurs essentiels. Premièrement le traumatisme de l’enfance, durant laquelle elle voit, le cœur serré, sa mère se débattre dans d’inextricables soucis financiers. Et deuxièmement, plus original, le fait qu’elle soit victime de troubles du développement de la sexualité.

   Anne Sebba s’appuie en effet sur de nombreuses études très sérieuses et passionnantes, mêlant analyses psychologiques, graphologiques et témoignages contemporains. Les personnes atteintes de tels troubles ont tendance à vouloir prouver aux autres qu’elles sont des femmes comme les autres. Elles cherchent à tout prix à se marier, jouer de leur charme pour se rassurer, dominer.

   Sentant que quelque chose cloque, elles ont peur du rejet et peinent à nouer des relations avec les autres femmes car, pour se préserver, elles deviennent parfois hautaines et cassantes…

   Caractéristiques qui se retrouvent chez Wallis, par ailleurs souvent décrite par ses contemporains comme pourvue d’une silhouette très osseuse, avec un visage anguleux presque masculin. Une étude fascinante, qui explique bien des traits de la personnalité de Wallis, si difficile à cerner !

   Dès l’adolescence, Wallis est une grande sportive en quête de reconnaissance sociale, déjà obsédée par son pouvoir de séduction sur les hommes. Anne Sebba s’attarde sur l’échec cuisant de son premier mariage en 1916 avec l’aviateur Win Spencer, véritable désillusion pour Wallis qui, toute jeune (trop jeune), s’est laissée séduire par un homme viril et fanfaron qui se révèle violent. On ne l’y reprendra plus.

   Elle est satisfaite du second époux qu’elle s’est déniché, Ernest Simpson, qu’elle épouse en 1928. Wallis se révèle une maîtresse de maison exemplaire, et l’archétype même de la mondaine, qui court les réceptions et les fêtes pendant que son époux se tue au travail, à la City de Londres, espérant maintenir les finances du ménage à flots. La rencontre avec le prince de Galles va transformer la vie de Wallis pour toujours.

 

Une obsession envahissante

   La première rencontre entre Wallis et Edward en 1932 est loin d’être un coup de foudre. C’est progressivement, avec une puissance difficilement concevable, que le prince de Galles s’attache à la jeune femme. Au point de ne plus pouvoir penser à autre chose qu’à ELLE.

   Tandis que le mari complaisant fait tapisserie, Wallis passe de plus en plus de temps, seule, avec Edward. Le scandale ne tarde pas à éclater. Brutalement, Mme Simpson prend conscience de sa position. Elle n’est pas à sa place et elle le sait.

Elle n’est pas amoureuse d’Edward lui-même, mais de son opulence, de son style de vie, de la manière dont les portes s’ouvrent pour elle, dont le prince réalise tous ses rêves d’enfant. Elle est convaincue que ce conte de fée s’achèvera un jour. En attendant, elle ne peut pas se résoudre à y mettre un terme elle-même.

   Edward n’est pas un amant facile à vivre. L’auteur insiste sur l’instabilité mentale du futur Roi, décelable dès l’adolescence. Gêné par sa condition de prince, il ne supporte pas qu’on lui dicte sa conduite et prend le contrepied de tout ce qu’on lui conseille.

Wallis Simpson, bientôt duchesse de Windsor, en 1936
Wallis Simpson, bientôt duchesse de Windsor, en 1936

   Anne Sebba révèle le désarroi profond qui étreint Wallis. Elle s’est laissée enfermer dans une situation qui la dépasse complètement. Grâce à des lettres récemment découvertes, nous faisons connaissance avec une femme désemparée, incapable d’arrêter l’engrenage infernal qui l’emporte malgré elle.

   Le prince, transi d’amour, est d’une exigence presque maladive. Il la fatigue et lui fait peur. Son obsession envahissante pour Wallis lui ôte comme toute capacité de raisonnement. Il ne lui laisse pas un instant de répit, souhaite la voir tous les jours, l’appelle en permanence. Il menace même de se suicider si elle le quitte. L’accession au trône d’Edward ne fait qu’accélérer les choses.

 

« L’Angleterre n’a aucune envie d’une dulcinée pour Reine »

   L’année 1936 occupe une importante partie de l’ouvrage, et pour cause. Durant ces quelques mois s’enchaînent l’accession au trône d’Edward VIII, le divorce de Wallis, l’abdication du monarque et son remariage avec l’amour de sa vie. Cette date charnière marque à la fois la naissance et la mort de Wallis.

   C’est son entrée dans l’Histoire, dans la légende, celle de la femme sulfureuse qui fit renoncer un Roi à son trône. Mais pour la vraie Wallis, la vie aura désormais le goût amer de la rancœur, dirigée contre la Monarchie britannique et contre son mari, et des regrets, en pensant à la vie qu’elle a choisie et à celle qu’elle aurait pu avoir.

En quelques semaines, à mesure qu’Edward éprouve la solitude de son nouvel emploi et l’ennui qu’il lui inspire, la folle ardeur de son attachement pour Wallis augmente en proportion. 

   Épuisée, frustrée, Wallis ne sait plus comment se dépêtrer de cette inextricable situation. L’auteur bat en brèche quelques clichés tenaces sur Wallis qui, sans être une sainte, n’a jamais eu pour projet de conquérir et d’épouser le prince de Galles. L’auteur parvient très bien à montrer différentes facettes de la personnalité de Wallis qui s’opposent et se combattent : son ambition, son désir de liberté et sa peur maladive de se retrouver seule et sans ressources, comme sa mère avant elle.

Wallis et Edward à Cannes en 1939
Wallis et Edward à Cannes en 1939

   Lorsqu’elle se rend compte qu’elle a perdu le contrôle et qu’il est trop tard pour reculer, Wallis entame une procédure de divorce avec Ernest Simpson. Par la complexité de cette procédure, et le violent rejet de la Cour à l’égard de Wallis, c’est toute l’hypocrisie de la société londonienne en ce début de XXème siècle que dénonce Anne Sebba. La sexualité est un tabou pour la plupart des femmes mariées. Voilà qui aide à comprendre pourquoi Wallis, que l’on décrit comme une prédatrice sexuelle, est si violemment attaquée à une époque où les classes moyennes et ouvrières sont encore totalement ignorantes en la matière…

   L’auteur analyse à la perfection le basculement dans l’opinion, le déferlement de haine à l’égard de Wallis. Ce rejet profond permet de comprendre le lien sacré qui unit alors la Monarchie et son peuple, brillamment expliqué par l’auteur. Détestée par l’Angleterre, harcelée par la presse et les médias, subissant insultes et menaces de mort, Wallis doit fuir Londres comme une bête traquée à la fin de l’année 1936.

 

Une vie avec Peter Pan

   Commence pour le duc et la duchesse de Windsor une longue période d’exil aux Bahamas, en France, en Allemagne… Une vie d’errance riche… de doutes et de frustrations. Loin d’être ce monstre d’égoïsme souvent décrit, Wallis est un être blessé dans sa dignité. Déçue en tant que femme, elle a aussi beaucoup souffert du rejet des Britanniques et de la famille royale. Tétanisée par la peur, elle s’est laissée emprisonner dans une relation avec un homme dont l’amour toxique qu’il éprouvait pour elle la dépassait complètement.

   Quelle n’est pas la surprise du lecteur lorsqu’il découvre que Wallis, mariée avec Edward, continue de correspondre avec Ernest Simpson, se lamentant sur sa situation. Elle surnomme son mari Peter Pan, ce qui trahit bien la véritable relation qu’entretient Wallis avec le duc : celle d’une mère avec un enfant fragile, qui vit dans un pays imaginaire…

   Très lucide sur sa situation et ses propres lacunes, Wallis comprend vite qu’elle sera à tout jamais stigmatisée comme « cette femme-là », celle qui a ravi un Roi à son peuple. Elle renonce rapidement, contrairement à son mari, à exiger quoi que ce soit de ses beaux-parents. Pour combler le manque, à la fois de reconnaissance et d’achèvement, la duchesse de Windsor joue l’icône de mode, entretenant une fabuleuse collection de bijoux et devenant l’égérie des plus grands créateurs.

Wallis dans les années 1960
Wallis dans les années 1960

   Cette existence d’un vide abyssal que Wallis supporte avec courage et dignité, Anne Sebba la conte d’une plume énergique et objective, sachant rendre justice à Wallis sans occulter ses défauts et ses faiblesses. Au final, le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir l’injustice qui frappe le couple. Pourquoi la famille royale a-t-elle ostracisé aussi durement Edward et sa femme ?

   Ce comportement n’a fait que cristalliser les griefs de chaque côté, entretenant une atmosphère malsaine au sein de la Monarchie et excluant toute possibilité de bonheur véritable pour Wallis et son époux. Découvrez l’histoire singulièrement tragique et moderne d’une femme qui continue à fasciner.

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Points positifs

 De nombreuses pages consacrées à la jeunesse de Wallis, ses rapports avec sa famille et ses amis, son voyage en Chine…

 En s’appuyant sur des lettres inédites, l’auteur parvient à nuancer la personnalité de Wallis : le lecteur découvre une femme qui s’est laissée prendre à son propre piège.

 Le survol de toute une époque (Première et Seconde guerres mondiales, Monarchie britannique, milieux bourgeois et populaires…) dont l’hypocrisie donnerait à rire si elle n’était pas si dramatique.

 Des détails inédits sur les vies de couple successives que mène Wallis, avec Win, Ernerst puis et surtout Edward.

 Une explication claire et détaillée de l’enchaînement des évènements lors de l’avènement au trône d’Edward VIII.

Points négatifs

 Si l’auteur comble notre curiosité concernant les bijoux fabuleux de Wallis, elle nous laisse en revanche sur notre faim au sujet des toilettes de luxe et du style incomparable de la duchesse, thème trop rapidement évoqué.

 

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12 Commentaires

  • Mme Vuillemin Dominique

    Comme à chaque fois vos excellents résumés me font l’effet de mises en bouche, j’ai envie de me procurer tous les livres que ce soit Gauguin, Baudelaire, Ivan le terrible et même Hitler sans parler de l’iconographie et des “tentations” de lecture assouvies des articles similaires…. Merci pour la qualité.

    • Plume d'histoire

      Merci pour ce commentaire, voilà qui fait plaisir ! A très bientôt sur le site… et bonne(s) lecture(s) 😉

  • Athenais

    Article très interessant qui permet de voir d’un nouvel oeil cette femme diabolisé …. j’avais déjà perçu dans le secret d’histoire qui lui a été consacré , le vide et le regret de sa vie avec le duc de Windsor ….Il avait certainement plus besoin d’elle qu’elle de lui . Quel gâchis !

  • sheherazade2000

    Je reconnais n’avoir aucune sympathie pour ces personnages qui ne cachèrent jamais leurs sympathies nazies. Mais par contre j’apprécie tous vos articles même pour des personnages déplaisants

  • Chris

    Il me semblait que peu à peu l’historiographie concluait que la véritable raison de l’abdication d’Edouard était plus liée à ses sympathies pour le nazisme qu’à Wallis, même si cette dernière a pu servir d’alibi… Bel article cependant.

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