Hommes et femmes illustres,  Restauration,  Second Empire

Sophie de Habsbourg, l’Impératrice de l’ombre – Jean-Paul Bled

 

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   Cette toute première biographie en français de Sophie de Habsbourg révèle une personnalité hors du commun, au centre de toutes les grandes décisions politiques des années 1830 aux années 1860. Assurément, cette femme mérite mieux que de demeurer pour l’éternité « la méchante belle-mère de Sissi » !

 

Le pilier de la famille

   Éduquée dans la perspective de monter un jour sur un trône, Sophie de Bavière prend très tôt conscience de ses responsabilités lorsqu’elle épouse l’archiduc François-Charles de Habsbourg en 1824.

   Belle jeune femme très courtisée (si belle qu’elle est jugée digne de figurer dans la Galerie des Beautés du Roi Louis Ier de Bavière),  la princesse s’assimile vite à la vie viennoise. Au milieu des tentations, elle demeure irréprochable et fidèle à un époux d’un naturel effacé. Proche du duc de Reichstadt, qu’elle qualifie de « charmant jeune homme », elle l’est aussi de l’Empereur François II qui incarne si bien à ses yeux la Monarchie de droit divin.

   L’auteur souligne la vie de famille très unie qui berce l’enfance de Sophie, et laisse sur elle son empreinte. Après plusieurs années de stérilité et une fausse couche, au grand désespoir de la jeune femme, elle donne enfin naissance à l’héritier tant attendu : François-Joseph. Ce premier fils est rapidement suivi d’autres enfants.

   Sophie est fière de sa progéniture. Jean-Paul Bled nous fait découvrir, au-delà du chef de famille, une mère attendrie et affectueuse. Elle restera toujours proche de ses quatre fils, dont elle supervise d’ailleurs au plus près l’éducation. Le lecteur pénètre dans l’intimité de la famille, et suit les plus jeunes années de François-Joseph : son rythme d’études trop soutenu pour un si jeune garçon, ses rapports complexes avec ses trois frères (notamment Maximilien, futur Empereur du Mexique) et ses liens très étroits avec sa mère, qu’il adule.

   Il lui témoigne une belle preuve de confiance en la laissant intervenir dans les affaires de l’État bien après son accession au trône. L’auteur souligne les innombrables fois où Sophie reçoit dans ses appartements les seigneurs de la Cour, les ministres ou les ambassadeurs étrangers. Son action n’est jamais évidente, mais devient en réalité indéniable pour qui sait lire entre les lignes, éplucher les archives et confronter les sources. L’Impératrice de l’ombre

 

Au cœur de la tempête

   L’auteur revient sur les traumatismes vécus par Sophie, qui a vu plusieurs révolutions renverser des régimes successifs, en France, en Italie… Pour elle, le nationalisme est une notion dangereuse, la liberté des peuples inconcevable. Il faut à tout prix éviter la contamination de l’Empire.

   Pourtant, les sens en éveil, elle sent venir l’orage. Mieux, elle s’y prépare. Lorsque la révolution de 1848 éclate, elle conserve son sang-froid, maîtrise ses émotions pour mettre en œuvre le plan qu’elle s’est fixé.

   Sophie comprend en effet très vite que seul son aîné François-Joseph peut sauver la Monarchie. Il faut un sang neuf et énergique pour redorer l’image de la dynastie et susciter l’enthousiasme des sujets. Pour sauvegarder l’héritage de son cher fils jusqu’à ce qu’il soit en mesure de coiffer la couronne, elle déserte par deux fois Vienne avec sa famille pour mettre tout le monde à l’abri.

Les départs pour Innsbruck, puis pour Olmütz, peuvent se lire comme des fuites à Varennes réussies. Tout au long de ces années parsemées d’embûches, Sophie a maintenu le cap qu’elle s’était fixé. 

Portrait de Sophie en 1832 par Joseph Stieler pour la Galerie des Beautés de Louis 1er de Bavière - Palais de Nymphenburg
Portrait de Sophie en 1832 par Joseph Stieler pour la Galerie des Beautés de Louis 1er de Bavière – Palais de Nymphenburg

   Pendant un temps, Sophie est le véritable souverain de l’Empire des Habsbourg. Jean-Paul Bled plonge le lecteur au cœur de ses manœuvres pour faire monter son fils sur le trône : elle obtient de son mari aux capacités limitées qu’il demeure dans l’ombre et ne réclame pas le trône pour lui-même, puis obtient l’abdication de son épileptique beau-frère. L’avènement de François-Joseph Ier le 2 décembre 1848 est pour elle une consécration.

 

Une belle-mère tyrannique ?

   Lorsqu’elle entame des tractations en vue du mariage de son fils, il ne vient pas à l’esprit de Sophie que cette union puisse être dictée par autre chose que des considérations politiques. Son propre mariage n’a jamais été un mariage d’amour. Elle a été élevée dans la conscience de son devoir, ne s’est jamais soustraite à ses responsabilités. Les princesses ne sont pas faites pour des mariages d’inclination. On imagine sa stupeur lorsque François-Joseph chamboule tous ses plans en privilégiant Sissi, la petite sauvageonne romantique et mal dégrossie, à la sage, sérieuse et docile Hélène. Mais elle est très vite conquise.

Si elle a pu être un moment tiraillée par le doute, le bonheur affiché par son fils l’a levé. Elle trouve Sissi fraîche, ravissante, pour tout dire « délicieuse ». Certes, elle ne se dissimule pas qu’il faudra beaucoup de travail pour la porter au niveau requis pour une Impératrice, mais elle n’imagine pas que l’objectif ne puisse être atteint.

   Le drame est là. Les relations entre les deux femmes s’enveniment, non parce que Sophie juge Sissi indigne du statut d’Impératrice, mais plutôt parce que Sissi, malgré quelques efforts au début, ne parviendra jamais à l’incarner. Crispée, tétanisée par ses devoirs de représentation, elle ne fait que rêver à sa liberté perdue. Pour Elisabeth, Sophie, figure tutélaire de l’Empire, incarne cette prison dorée, ce protocole qu’elle prend en horreur. Elle développe un sentiment de rejet à son égard, et Jean-Paul Bled révèle grâce à des éléments inédits que certaines accusations portées à l’encontre de Sophie ne tiennent pas debout.

   Le lecteur découvre qu’en réalité, les preuves de la bienveillance de la mère de François-Joseph à l’égard de Sissi ne manquent pas. Voici un extrait d’une lettre écrite par Sophie à l’un de ses fils lorsqu’elle apprend la mort de la seconde fille du couple impérial en mai 1857 (elle-même a perdu sa seule fille en bas âge) :

Sissi a besoin de parler de son enfant chéri, d’évoquer tout ce qui la lui rappelle. Je peux ainsi – Dieu soit loué ! – lui apporter le réconfort, partager sa douleur que bien peu sont en mesure de comprendre comme moi. 

Sophie en 1860 au centre de la famille impériale
Sophie en 1860 au centre de la famille impériale

Un tour d’horizon complet

   Jean-Paul Bled nous emporte, chapitre après chapitre, dans le quotidien d’une femme de caractère, solide comme un roc, qui n’est pas seulement une tête politique et une mère de famille, mais aussi une esthète : la musique, la peinture et surtout le théâtre sont pour elle de vraies passions, très méconnues aujourd’hui.

   L’auteur souligne le traditionalisme de Sophie, qui n’entrevoit pas d’autre forme possible de gouvernement que la Monarchie de droit divin. Ainsi décrite, elle pourrait passer pour très rétrograde. C’est oublier sa profonde piété, trait fondamental de son caractère, qui lui vient de son éducation, et a été entretenue par sa nature même. L’auteur rappelle aussi le choc de la Révolution de 1848, évènement qui reste gravé dans sa mémoire. Elle développe même un sentiment de profonde compassion à l’égard des exilés et rencontre à plusieurs reprises des membres de la famille Bourbon. La duchesse de Berry, le comte de Chambord et, surtout, la duchesse d’Angoulême. Sophie noue avec la fille de Marie-Antoinette des relations affectueuses.

   Le recours à des sources inédites (les lettres de Sophie et son Journal), fait tout le sel de l’ouvrage. Nous suivons autant que possible, car elle sait bien dissimuler ses émotions, les états d’âme de Sophie. Une femme contrainte si longtemps au silence… qui a beaucoup à raconter ! Jean-Paul Bled lui donne brillamment la parole dans cet ouvrage que je conseille vivement.

 

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Points positifs

♥ Redonne au personnage toute son importance (en politique comme en famille).

 Plongée dans le quotidien de Sophie, avec des détails sur ses centres d’intérêt éclectiques.

♥ Recours à des sources inédites : la correspondance de Sophie avec sa mère puis avec ses fils, et son Journal.

 Éclairage nouveau et plus juste des rapports entre Sophie et Sissi.

 Exposé clair et synthétique des bouleversements politiques et sociaux qui secouent l’Autriche et l’Europe à cette époque.

Points négatifs

 Aucun ! 

 

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