Marie-Antoinette victime de pamphlets érotico-obscènes

 

« Jamais le sexe ne s’est aussi bien vendu »

   Sous le règne de Louis XVI et Marie-Antoinette, le peuple manifeste un véritable engouement pour les écrits à connotations pornographiques. Il n’y a là, en soi, rien de répréhensible. Le patriote recherche, dans sa quête effrénée de la liberté, à y associer du libertinage et de l’érotisme… Pourquoi pas ? Grand bien lui fasse !

   Le Roi et la Reine sont malheureusement les cibles visées en priorité par les pamphlétaires de ce genre, qui s’en donnent à cœur joie, allant crescendo dans l’obscénité tout au long du règne.

   Nombreux sont les Grands sous l’Ancien Régime à avoir subi des outrages personnels, liés à leurs relations sexuelles. Henri III, avec ses mignons, est rallié pour son homosexualité, Anne d’Autriche est accusée d’entretenir une liaison avec Mazarin, le peuple se gausse des exploits réalisés par Louis XIV dans la couche de la « vieille » Madame de Maintenon, les libelles transforment Louis XV en monstre s’adonnant à la débauche sur des enfants dans son Parc aux Cerfs…

   La nouveauté à présent, c’est que les libelles orduriers s’en prennent aux fondements même du pouvoir. Le processus de désacralisation de la Monarchie, entamé durant la seconde partie du règne de Louis XV, atteint son paroxysme sous Louis XVI.

Estampe érotique Louis XVI et Marie-Antoinette

Jamais le sexe ne s’est aussi bien vendu. On raffole de scènes lascives et de corps lubriques. On ne trouve pas de débauches assez scandaleuses, d’ébats assez furieux, de perversions assez neuves, pour assouvir son appétit de jouissances. Erotique et politique n’ont jamais aussi bien rimé qu’à ce moment.

   L’origine de ces pamphlets dévastateurs pour l’image de la Monarchie ? L’incapacité du Roi à consommer son mariage avant 1777, soit sept ans après le mariage, et la légèreté bien connue de la Reine. Lorsqu’enfin les souverains seront père et mère comblés, il sera trop tard

Le ridicule des années stériles collera à l’image de Louis XVI, tandis que celle de la Reine ne se remettra pas de sa course imprudente aux plaisirs.

 

La Reine mise à nue…

   Dès le début du règne, aux alentours de 1774, 1775, les libelles attaquent l’impuissance supposée du Roi :

   Sous le ton léger et badin, perce déjà le caractère irrespectueux qui ira en s’accroissant jusqu’à la Révolution. Le Roi semble être la cible privilégiée des libellistes. Mais très vite, c’est Marie-Antoinette qui occupe la place de choix.

La reine aussi est profanée, car son caractère sacré est mis à rude épreuve par la représentation de sa sexualité́ illégitime. Son corps, central dans la monarchie française de par sa fonction reproductrice, est livré aux lecteurs avides de transgressions.

En effet, les pamphlets ne se contentent pas d’attiser la haine contre Marie-Antoinette (ce que font bon nombre d’autres pamphlets non pornographiques): ils appellent le lecteur à jouir de son corps montré nu, décrit tantôt avec érotisme, tantôt avec une excessive vulgarité.

   « Les Amours de Charlot et Toinette », qui décrivent avec maints détails des scènes érotiques entre la Reine, le comte d’Artois et la comtesse de Polignac, a certainement été écrit par Beaumarchais. Il est publié depuis Londres en 1779. En voici un extrait :

 

 

La Reine adultère

   Tandis que le Roi est accusé d’impuissance et de débilité, suscitant le mépris, Marie-Antoinette cristallise la haine. Ambitieuse, téléguidée par l’Autriche, elle serait la nouvelle Messaline, une nymphomane adultère, qui couche avec le comte d’Artois, le frère complaisant de son mari. Un nouvel extrait des « Amours de Charlot et Toinette » :

Charlot et Toinette

 

   On la montre entretenant quantités d’amants pour satisfaire ses « fureurs utérines ». Le cardinal de Rohan (à l’honneur dans de nombreux libelles après l’Affaire du Collier), passe ainsi pour l’un de ceux qui lui procurent occasionnellement du plaisir. On en profite pour faire passer les enfants de la Reine pour des bâtards.

   Un extrait des « Fureurs utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI » (l’auteur ne manque d’ailleurs pas de préciser : La mère en proscrira la lecture à sa fille…!), publié en 1791 :

Fureurs utérines de Marie-Antoinette

 

Toujours plus loin dans l’obscénité

   Elle apparaît dans la plupart des pamphlets comme incapable de contrôler ses pulsions sexuelles, prête à tous les subterfuges pour les assouvir, lors d’orgies qu’elle organise au petit Trianon, ou dans les appartements de Versailles, à la barbe du Roi qui, en abruti accompli, ne voit rien. Dans le pamphlet « Bordel royal », paru en 1790, Marie-Antoinette se livre à des bacchanales paillardes et bestiales, où elle ne craint pas de faire la grâce à son corps à quatre, cinq voir six hommes à la suite… Oui, rien que cela.

Bordel royal

 

   On l’accuse aussi de relations saphiques avec la princesse de Lamballe, la comtesse de Polignac, Mme de La Motte et bien d’autres. Dans un couplet de « L’Autrichienne en goguettes », la Polignac se glorifie de procurer du plaisir à Marie-Antoinette :

L’Autrichienne en goguette

   Aucun avilissement n’est épargné à Marie-Antoinette, transformée en furie lubrique, « folle de son corps », outragée en des termes très crus. Sodomie, entretien de partenaires sexuels, prostitution… Elle est celle par qui la décadence s’installe. Certains pamphlets se surpassent en vulgarité, décrivant de véritables scènes pornographiques ! (vous pouvez cliquer ici pour un extrait du « Bordel patriotique », ou encore ici pour une scène des « Fureurs utérines »…)

 

   Mais derrière ces scènes vulgaires se cachent aussi des accusations très politique : Marie-Antoinette est l’ennemie de la France, celle qui entache la légitimité de la Monarchie française par ses infidélités, celle qui domine son mari et qui est prête à trahir son peuple. Jamais l’Autriche n’a été autant honnie. On peut, à juste titre, parler de pornographie politique.

   La police est incapable d’enrayer l’impression toujours croissante de ces pamphlets, car des gens de Cour les font imprimer ou en protègent l’impression. Autant certains pamphlets ne s’embarrassent pas d’esthétique littéraire, autant il apparaît clairement que d’autres ont été écrits par des « écrivains de race ». Ce faisant, tous ces nobles et princes de sang ne se rendent probablement pas compte qu’il scient la branche sur laquelle ils sont assis…

Le peuple de Paris ajoute foi à ces libelles clandestins, prend au sérieux les mensonges les plus éhontés et les calomnies les plus grossières.

   De ces libelles orduriers ne découlent pas directement la Révolution. Mais les pamphlets rendent impossible un retour en arrière. L’image de la Reine, en temps voulu, sera trop salie, le pouvoir monarchique trop profané, pour qu’un regain d’amour populaire envers le couple souverain ne vienne les sauver…

 

Sources

♦ Marie-Antoinette, l’insoumise, de Simone Bertière

♦ Anthologie érotique : Le XVIIIème siècle, de Maurice Lever

♦ Marie-Antoinette, la Reine au destin tragique, de Alexandre Maral

♦ Marie-Antoinette, la mal-aimée, de Hortense Dufour

♦ La grande majorité des illustrations proviennent de Stanford University Libraries

 

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