La mode des mouches, attributs de la féminité

Hélène de Fougerolles dans la série de 2008 "Jeanne Poisson, marquise de Pompadour (sa mouche à elle, c'est la baiseuse !)
Hélène de Fougerolles dans la série de 2008 « Jeanne Poisson, marquise de Pompadour (sa mouche à elle, c’est la baiseuse !)

 

De cache misère à code de galanterie

   Selon certaines sources, ce sont les Arabes et les Perses qui, les premiers, considèrent les taches brunes sur la peau comme une marque de beauté. Les Romaines un peu coquettes, pour parfaire leur toilette, s’appliquent également un petit grain de beauté factice sur la joue. En France, la mode des mouches débute à la fin du règne de Louis XIII, et perdure jusqu’à la Révolution.

   Au début, les femmes mais aussi les hommes (Louis XIV en personne donne l’exemple) s’appliquent des mouches sur le visage pour camoufler boutons et imperfections : la petite vérole, qui fait alors des ravages, laisse souvent sur la peau des marques peu esthétiques !

   C’est au XVIIIème siècle que les mouches deviennent de vrais attributs de la féminité. Bien plus qu’un accessoire de mode, la mouche est instrument de séduction, un code galant à déchiffrer : il existe une signification propre à chaque emplacement, savamment définit…

sur le menton : la discrète

au milieu de la joue : la galante

sur le front : la majestueuse

sur le nez : l’effrontée, ou la gaillarde

près de l’œil : la passionnée, ou l’assassine

Au coin de la bouche : la baiseuse !

sur, ou sous les lèvres : la coquette, ou la friponne

au creux de la ride dessinée par le sourire : l’enjouée

sur la poitrine : la généreuse !

 

Les Dieux donnent l’exemple

Mais au fait, qu’est-ce qu’une mouche exactement ?

La mouche était tout simplement un petit morceau de taffetas noir gommé, qu’une femme appliquait sur son visage, dont il faisait merveilleusement ressortir la blancheur.

   Selon la légende retranscrite dans Les Amours de Vénus, et reprise dans La Faiseuse de mouches (1661), cette mode nous vient tout droit des Dieux (et oui !). Voici la petite histoire : alors que des mouches se posent sur le visage de Vénus et qu’elle s’apprête à les chasser, Mercure l’en empêche, lui avouant que cela sied particulièrement à son teint.

De là Vénus prit occasion de s’imaginer qu’il fallait donc porter des mouches artificielles pour avoir bonne grâce ; tellement qu’elle s’appliqua de petites noirceurs au visage, tantôt en un endroit, et tantôt en l’autre.

Ainsi la mode se répand sur terre :

La moindre bourgeoise en portait,

Et la soubrette s’en parait,

Comme eut pu faire une princesse,

Car c’était la belle ajustesse (parure)

Enfin tout le monde en voulut,

Et tout le monde en eut.

De l’utilisation des mouches

Le rouge choisi, posé, gradué, la toilette du visage n’était qu’à moitié faite : il restait à lui donner l’esprit, le piquant. Il restait à disposer, à arranger, à semer comme au hasard, avec une fantaisie provocante, tous ces petits morceaux de toile gommée appelés par les poètes « des mouches dans du lait » : les mouches.

   Ces mouches, on en trouve de toutes les tailles et de toutes les formes : taillées en cœur, en lune, en comète, en croissant, en étoile, en navette (sorte d’étoile à quatre branches), mais le plus souvent en rond. Il en existe des longues, en velours, que les femmes s’appliquent plutôt sur la tempe : elles sont parfaites pour les bals car elles « paraissent et se plaisent davantage au flambeau ». D’autres, très petites et coquettes, sont idéales pour les fêtes intimes et collations diverses.

François Boucher, La Mouche ou Une dame à sa toilette, 1738, collection particulière.
François Boucher, La Mouche ou Une dame à sa toilette, 1738, collection particulière.

 

Pour adoucir les yeux, pour parer le visage,

Pour mettre sur le front, pour placer sur le sein

Et, pourvu qu’une adroite main

Les sache bien mettre en usage,

On ne les met jamais en vain.

Si ma mouche est mise en pratique,

Tel galant qui vous fait la nique,

S’il n’est aujourd’hui pris, il le sera demain;

Qu’il soit indifférent ou qu’il fasse le vain,

À la fin la mouche le pique.

   Car oui, encore faut-il s’y connaître un peu si l’on veut se servir de ces mouches avec succès ! Gare à celle qui s’y prend mal. Selon les époques, leur utilisation varie… Sous Louis XIV, les femmes usent et abusent de ces artifices :

Une femme de bon ton ne pouvait avoir moins de cinq à six mouches sur le visage ; les plus modestes n’en portaient que trois.

  Le portrait de Marie-Anne de Bavière, fiancée au Dauphin en 1680, la représente avec cinq mouches, l’une au front (la majestueuse) l’autre au milieu de la joue (la galante) la troisième près du nez (l’effrontée, que l’on distingue moins bien), la quatrième sur le menton (la discrète), et la dernière au creux de la ride formant le sourire (l’enjouée).

   Sous Louis XV la mouche devient un langage bien plus subtil, un vrai jeu de séduction. Il faut savoir mettre en valeur ce que son visage possède de plus beau. La mode n’est plus aux grandes mouches, mais plutôt aux petites, qui s’appliquent dorénavant avec modération :

Nos Dames ont enfin renoncé à ces grandes mouches qui, semblables à des emplâtres, se plaçaient à la tempe, à notre grand déplaisir.

Une ou deux mouches très petites, soit en croissant soit rondes, mises avec discrétion vers l’œil, sur le front ou vers la bouche, toujours placées avec discrétion dans la partie la plus blanche ou la plus intéressante, sont le seul avantage que l’on tire aujourd’hui des mouches qui, placées maladroitement, défigurent plutôt qu’elles ne relèvent un beau visage.

 

Estampe de la Dauphine Marie-Anne de Bavière - Bibliothèque nationale de France

Un commerce florissant

   Dans le langage précieux, une mouche se nomme aussi la « tache avantageuse ». C’est dire si les femmes en raffolent pour mettre en valeur la blancheur de leur teint !

   Toutes se les procurent dans des magasins spécialisés, comme « A la perle des mouches », situé rue Saint Denis à Paris, boutique en activité dès la fin du XVIIème siècle et qui offre une grande collection de ces « ornements ». On essaie même de se différencier des autres dames grâce à ses mouches : un jour, une certaine madame Cazes fait sensation à la Cour en portant une mouche cerclée de minuscules diamants.

Les boites à mouches de la maison Dorin en 1880 - Source
Les boites à mouches de la maison Dorin en 1880 – Source

   Les mouches possèdent même leur rangement spécifique sur la coiffeuse de ces dames : une « boîte à mouches » (oui oui). Elle est parfois richement décorée : en argent, en nacre, ou même garnie de diamants. Les jeunes demoiselles les reçoivent souvent en présent dans leur corbeille de mariée : c’est un objet très précieux !

   Dans le testament de Clyante, pièce galante datant de 1655, il est fait mention de l’une de ces boîtes, que le légataire offre généreusement à une jeune fille :

Une petite boîte d’argent façonné, pleine de mouches de velours et de taffetas de toutes façons, à Florice.

   Les femmes emmènent leur « boîte à mouches » partout avec elle. En effet, même en promenade, il faut pouvoir ouvrir la boîte, se regarder dans le petit miroir fixé à l’intérieur du couvercle et « réparer incontinent la chute d’une mouche ».

  La mode des mouches, après la Révolution, se perd, puis revient à la fin du XIXème siècle, pour définitivement disparaître. A de rares exceptions près, on loue, depuis la seconde moitié du XXème, les grains de beautés naturels, qui donnent un charme particulier aux beaux visages, une touche de séduction supplémentaire…

   Si l’on se réfère au « code des mouches », Marylin Monroe était pourvue d’une enjouée, Jane Russel d’une galante et Hélène de Fougerolle, parfaite dans son interprétation de Madame de Pompadour, possède une baiseuse, une galante et une généreuse !

Marylin Monroe

Jane Russel
Jane Russel

 

♥ Sources ♥

La femme au XVIIIe siècle (Nouvelle édition, revue et augmentée), de Edmond et Jules de Goncourt

♦ Histoire physique, civile et morale de Paris : depuis les premiers temps historiques jusqu’à nos jours , de Jacques-Antoine Dulaure

♦ La Faiseuse de mouches

♦ Histoire de la mode en France. La toilette des femmes depuis époque gallo-romaine jusqu’à nos jours, de Augustin Challamel

Le Courier de la mode, ouvrage périodique, contenant le détail de toutes les nouveautés courantes

 Recueil de pièces en prose, les plus agréables de ce temps

 

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4 Réponses

  1. Bonjour, et si on en a une sur la tempe droite, sur le côté gauche du nez (et non pas à côté du nez) et une sur l’angle de la mâchoire (côté droit de la mâchoire), ça voudrait dire quoi ? Si ça veut dire quelque chose, car je crois pas avoir trouvé dans l’article.

    • Plume d'histoire

      Bonjour, à l’époque les mouches étaient placées à certains endroits ayant une signification particulière, définie par ce code de galanterie. Il se peut très bien que les grains de beauté naturels ne se trouvent pas à ces emplacements spécifiques ! Ce n’est plus un choix mais le travail de la nature 😉

  2. najen nature

    Bonsoir, merci pour cet article très instructif! Est il possible aujourd’hui d’acheter une mouche? J’ai déjà regardé divers instituts de beauté et je ne trouve que du maquillage permanent de grain de beauté, j’aimerai me faire poser une véritable mouche, merci d’avance pour votre aide

    • Plume d'histoire

      Je vous avoue que je n’en ai absolument aucune idée, peut-être dans des boutiques qui commercialisent des vêtements et accessoires de modes anciennes… 🙂

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