Sissi, Impératrice d’Autriche – Jean des Cars

5.5 Stars (5,5 / 6)

 

Sissi Reine de Hongrie
Photo d’Elisabeth lors de son couronnement en tant que Reine de Hongrie, à Budapest, le 8 juin 1867
 

   Qui ne connaît pas la belle Sissi de Wittelsbach, Impératrice d’Autriche, immortalisée sous les traits de la fabuleuse Romy Schneider ? C’est donc à une figure presque mythique que s’attaque Jean des Cars. Mais dans ce livre, pas de Romy Schneider ni de romance. C’est la véritable Sissi qui s’offre aux lecteurs, la Sissi au charme fou, devenue Impératrice du jour au lendemain, de la plus merveilleuse des manières, mais aussi la Sissi dépressive, à la vie secouée de drames et d’obligations qui la révulsent.

   Avec passion, avec modernité, grâce à des descriptions riches et à un style toujours agréable à lire, Jean des Cars sait à merveille nous transporter dans la Vienne impériale de ce XIXème siècle si singulier, dans la peau d’une femme éprise de liberté mais enchainée à des devoirs qui lui font de plus en plus horreur à mesure que les années passent. Un destin fascinant, mais tragique en réalité. Jean Des Cars met bien l’accent sur ce côté paradoxal de la vie de Sissi : ses apparitions en public déchaînent les foules (en Hongrie surtout), elle est adorée, adulée, mais elle ne peut supporter ces ovations. Elle se pique alors d’une folie de voyages : ils lui permettent d’échapper au devoir de représentation qui l’étouffe. 

 

 Poursuivie par la tragédie, Sissi n’est jamais épargnée. De son vivant, elle captive par son charme mystérieux. Si son inaccessibilité irrite parfois, elle intrigue surtout. L’anarchiste italien qui décida de son assassinat n’avait certainement pas prévu que, par ce geste, il la ferait entrer dans la légende.

Procurez vous « Sissi, Impératrice d’Autriche », par Jean des Cars !  

 

Une jeunesse libre

   Dès le début, nous sommes plongés au cœur de l’environnement bavarois dans lequel Sissi a évolué jusqu’à ses seize ans. L’auteur insiste : Elisabeth n’a enduré absolument aucune contrainte dans sa jeunesse, ce qui explique le traumatisme subi par l’adolescente qui devient Impératrice. Aucune étude suivie, aucun cérémonial, aucun garde-fou : ses journées, Sissi les passe dans la nature, en compagnie de ses chevaux et de ses chiens. Elle est rêveuse, romantique, spontanée. En somme, une jeune fille fragile… Mettre l’accent sur cette première jeunesse de Sissi est primordial pour comprendre l’évolution future de cette princesse en Bavière.

  De nombreuses pages sont consacrées aux instants, d’une importance capitale, précédant le mariage de Sissi et de François-Joseph. Moments durant lesquels l’Empereur, qui doit épouser la sœur aînée d’Elisabeth, déjoue tous les calculs et tombe sous le charme de Sissi. Nous sommes ainsi immergés dans un véritable roman d’amour, le coup de foudre éprouvé par François-Joseph à l’égard de Sissi ayant tout d’un feuilleton télévisé. Le lecteur réalise avec délice que les intrigues familiales volent en éclats devant ce sentiment soudain et imprévisible manifesté par l’Empereur. Les émotions qui agitent Elisabeth, complètement dépassée par ce qui lui arrive, sont remarquablement détaillées.

   Peut-être l’auteur a-t-il pris quelques libertés en se glissant dans la peau de son héroïne, mais les recherches minutieuses réalisées en amont se font sentir. Et cette façon de ne faire qu’un avec Sissi lors des instants qui ont transformé sa vie pour toujours, avec les conséquences que l’on sait, ne manque pas d’émouvoir.

 
Cheveux Sissi
Portrait de Sissi par Franz-Xaver Winterhalter en 1864, dévoilant son impressionnante chevelure, dont elle était si fière.

Sissi contre Sophie

   La place qui est donnée dans l’ouvrage à la belle-mère de l’Impératrice, l’archiduchesse Sophie, est appréciable. Jean des Cars nous fait bien comprendre quel rôle important elle tenait à la Cour de Vienne, et quelle femme de caractère, quelle femme de tête elle était. Une femme qui ne supportait pas la contrariété, et surtout, surtout, qui ne supportait pas de voir son fils lui échapper.

   L’arrivée de Sissi, qu’elle n’a pas choisie, la dérange. La rivalité entre les deux femmes va véritablement empoisonner leurs relations, et engendrer des séquelles dramatiques et irréversibles… Prétendant tout régenter, jusqu’aux moindres détails de la vie du couple, Sophie décide de s’occuper des enfants de sa belle-fille. Sissi ne le supporte pas. Elle est privée de ses droits de mère. Et c’est ainsi que, n’étant pas autorisée à s’occuper de ses enfants, elle se détache d’eux. N’est-il pas significatif que sa fille préférée, Marie-Valérie, soit le seul de ses quatre enfants qu’elle ait élevé elle-même ? Jean des Cars remet ainsi en question, voir réfute, de façon justifiée, le mythe de l’Impératrice au sens maternel déplorable, n’éprouvant qu’indifférence à l’égard de ses propres enfants.

   Certes Sissi, entêtée et toujours absolue dans ses décisions, n’a rien tenté pour adoucir ses relations avec sa belle-mère. Jean des Cars nous montre qu’elle réagissait parfois de façon disproportionnée. Mais était-ce à elle de favoriser l’harmonie dans la famille dès le départ ? Le peut-on à seize ans, lorsque l’on est une jeune personne timide, brutalement déracinée et arrachée à l’enfance ? La vérité, et Jean des Cars l’explique très pertinemment, c’est que l’archiduchesse ne pardonne pas à Sissi d’avoir anéanti les plans matrimoniaux qu’elle avait échafaudés pour son fils. Comment peut-il l’avoir choisie, elle, la sauvageonne mal dégrossie ?

 

Sissi la neurasthénique

Sissi Impératrice en noir
Elisabeth par Leopold Horowitz vers 1899
 
   La personnalité très particulière d’Elisabeth d’Autriche en fait un sujet très intéressant. Jean Des Cars l’a compris, et s’applique à nous immerger dans le quotidien terriblement formaliste d’une Impératrice d’Autriche, pour nous permettre de mieux saisir sa psychologie si complexe. L’un de ses chapitres s’intitule d’ailleurs « l‘Impératrice brimée« .

   En dépression quasi continue, il ne faut pas oublier que Sissi est une Wittelsbach (lignée qui règne sur la Bavière) et que l’hérédité fait son œuvre : l’auteur signale bien qu’un dérangement mental l’habite, ce que les feuilletons ont tendance à occulter. S’il est beaucoup plus mesuré, plus relatif et moins voyant que chez d’autres membres de sa famille, il l’entraine dans une quête perpétuelle d’absolu, et provoque chez elle des réactions, des réflexions parfois inattendues.

   L’obsession qu’elle entretient autour de son corps, de la beauté (la sienne mais aussi celle des autres puisqu’elle collectionne les images des plus belles femmes du monde entier), l’intérêt étrange qu’elle manifeste à l’égard des aliénés, ses pensées toujours tournées vers la mort… Voilà des preuves incontestables de sa mélancolie, que l’on ressent d’ailleurs en observant un peu attentivement ses nombreux portraits, à travers son regard notamment. Son mari François-Joseph, qui l’aime pourtant tendrement, a de plus en plus de difficultés à la suivre, à la comprendre.

   J’ai ainsi apprécié que l’auteur, tout en rappelant les drames et les déchirements survenus dans la vie de Sissi, montre à son lecteur que la dépression chronique dont elle est victime vient avant tout d’elle-même. Un dérangement l’habite depuis sa toute jeune enfance. Le danger la stimule, la mort l’attire, elle finira même, comme le dit très bien Jean des Cars, par l’appeler. Les drames (sur la mort de son fils, Jean des Cars apporte des révélations qui laissent pantois) ne font qu’intensifier sa détresse première.

 

François-Joseph

   L’Empereur n’est pas en reste dans cette biographie ! Sa personnalité et ses rapports avec sa femme sont longuement évoqués, bien entendu, et son action politique également. Cela permet au lecteur de bien situer l’action, et de suivre Sissi de concert avec les bouleversements européens. Toile de fond d’ailleurs incontournable pour comprendre l’action politique de l’Impératrice en Bavière, le pays de son cœur.

   Détails touchants, Jean des Cars s’applique à éclairer le lecteur sur un aspect de la vie de l’Empereur qui est rarement évoqué. François-Joseph est un homme profondément épris de sa femme, incapable d’endiguer la fuite en avant de celle qui éclaire ses journées, et incapable de lui en vouloir lorsqu’elle s’évade, toujours plus souvent, le laissant seul des semaines durant alors qu’il implore sa présence, son soutien. François-Joseph est un homme à qui l’amour apporte des joies incomparables, mais aussi beaucoup de souffrances. Il trouve un curieux équilibre en prenant une maîtresse… validée par sa femme.

   On ne peut que s’étonner de la façon avec laquelle Sissi parvient à demeurer de longs mois séparée de son mari, qui l’aime sans concession, avant d’être enfin tourmentée par un sentiment de culpabilité, qui la fait revenir pour quelques semaines, quelques jours seulement parfois…

   Une femme bien étrange qu’Elisabeth, Impératrice d’Autriche qui fuyait pourtant Vienne comme la peste, quitte à abandonner son mari et ses enfants ! Victime d’un mal être profond, complexe, incurable, son portrait ne saurait se contenter des clichés souvent véhiculés, superficiels. Jean des Cars a le mérite d’apporter des éclaircissements sur certaines facettes de sa personnalité qui valent le détour.

 

∫∫  Ce qu’il faut retenir ! ∫∫

Procurez vous « Sissi, Impératrice d’Autriche », par Jean des Cars !

 

Points positifs

 Le style, très fluide, très agréable, une biographie qui se lit comme un roman

♥ Le soin que prend l’auteur à décortiquer et à suivre les évolutions de la personnalité de Sissi, et à analyser ses réactions

♥ Les mises en lumière qui sont faites, concernant notamment les rapports qu’à l’Impératrice avec ses enfants, la mort de son fils, son rôle en politique hongroise et ses rapports avec François-Joseph

♥ Le souci d’authenticité et d’objectivité de l’auteur

Points négatifs

Une proximité avec son sujet, qui peut gêner, mais qui est à propos et qui donc ne m’a personnellement pas dérangée.

Dans la lignée de cet ouvrage, je conseille également, du même auteur,  « Louis II de Bavière »  (le célèbre cousin de Sissi) et  « Rodolphe et les secrets de Mayerling » (le fils libéral de Sissi mort si tragiquement, mort sur laquelle Jean des Cars apporte des révélations qui laissent songeur)

 

Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à commenter, partager, et soutenir le blog sur Tipeee !

image-fin-articles

11 Réponses

  1. fabienne di bello

    Pour voir revivre Sissi et Louis II de Bavière, il faut absolument regarder le somptueux « Ludwig » de Visconti..Les si beaux portraits de l’impératrice et de son cousin s’animeront alors…

    • Plume d'histoire

      Je n’y manquerai pas !

    • Ah oui je suis tout à fait d’accord sur la représentation de Sissi et Louis II dans « Ludwig le crépuscule des Dieux » FABULEUX !!!

  2. Le livre et le film sont formidables !!! ne pas oublier les mémoires de la dernière impératrice d’Autriche Zita …

    • Plume d'histoire

      Concernant l’Impératrice Zita, la biographie de Jean Sevilla est assez bien faite 🙂

  3. Louise-Adélaïde

    Voilà qui me réconcilie, par le réalisme du commentaire avec le personnage de « Sissi » dont jusqu’à présent j’étais éloignée; je vais acheter cet ouvrage, merci Plume d’Histoire et tous mes compliments pour le choix des portraits, ( superbes!) choix très fin qui permet de visualiser le regard d’Elisabeth d’Autriche, plein de mal être en effet, cela laisse songeur; Louise-Adélaïde;

    • Plume d'histoire

      Je vous remercie pour ce commentaire, voilà qui fait plaisir ! Bonne lecture, vous ne devriez pas être déçue 😉

  4. Je vais acheter ce livre. Merci Plume d’histoire pour les portraits choisis et la qualité de l’analyse.

  5. Excellent livre, je rajouterais qu il faut lire aussi les biographies de Brigitte Hamann et du conte Egon Corti.
    Quand au film Ludwig ou le crépuscule des dieux c est un chef d oeuvre. Romy Schneider nous fait oublier son rôle mièvre dde la trilogie des Sissi

Laissez un commentaire !